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Momar Seyni Ndiaye: "On est loin d’un gouvernement de rupture"

POLITIQUE
Lundi 11 Septembre 2017

Momar Seyni Ndiaye: "On est loin d’un gouvernement de rupture"
Point de rupture dans la composition du nouveau gouvernement. C’est la conviction de l’analyste politique, Momar Seyni Ndiaye. Et pour cause, dira-t-il, «la majeure partie des ministres du gouvernement sortant ont été reconduits». Le journaliste consultant, a toutefois, salué, la nomination d’Abdou Latif Coulibaly au département de la culture. «C’est un grand cadre. Il pourrait redonner au département ses lettres de noblesse», a-t-il commenté. Quelle analyse faites-vous de la composition du nouveau gouvernement. Est-ce, un gouvernement de rupture ou une équipe de campagne en direction de la présidentielle de 2019 ? On est loin d’un gouvernement de rupture, puisque la grande majorité des ministres sortants ont été, soit reconduits à leur poste, soit, affectés à d’autres départements. Sur les 39 ministres de la précédente équipe, seuls quatre quittent l’attelage gouvernemental. Les onze nouvelles entrées ne peuvent constituer de rupture puisque les postes attribués sont le fruit d’un saucissonnage de ministères, ainsi fractionnés pour placer de nouveaux titulaires. En vérité, le nouveau gouvernement, s’inscrit dans un double contexte post-électoral et préélectoral. On vient de sortir d’élections à l’issue desquelles la majorité a remporté 125 sièges et gagné 42 départements sur les 45. Pour la plupart, les ministres anciens et nouveaux peuvent revendiquer à leur compte le fruit du gain localement engrangé. Dans une telle situation de victoire si massive, tous les ministres engagés dans les élections sont exemptés de sanction. A preuve, seuls les ministres, politiquement peu ancrés, n’ont pas été reconduits. Le contexte préélectoral, c’est la perspective de l’élection présidentielle, dans 17 mois. Le Président Sall avait d’autres choix que de reconduire son équipe gagnante, avec le risque que cette légitimité politique ne produise une certaine inefficacité du fait de l’émiettement de ses secteurs et du chevauchement des responsabilités dans un attelage si morcelé. L’exemple le plus patent c’est le secteur des mines, géologie, pétrole et industrie répartit entre trois ministères. Il faut cependant se féliciter de la création d’un ministère du pétrole dans ce louable souci de pro-activité après la découverte d’importants gisements de pétrole et de gaz. La mise en place d’un ministère dédié à l’emploi relève d’un bon reflexe, dans un contexte de chômage endémique. Par ailleurs, il y a lieu de craindre que la nomination de proches du Président aux ministères de l’intérieur et de la Justice suscite des craintes dans la classe politique. On attendait des signaux d’apaisement dans ces deux ministères, mais la controverse autour de ces personnalités de Aly Ngouille Ndiaye, et Ismaïla Madior Fall pourrait affecter négativement la tenue de séquence de dialogue politique. Toutefois, la nomination d’Abdou Latif Coulibaly au département de la Culture est une bonne chose. C’est un grand cadre. Il pourrait redonner au département ses lettres de noblesse. En revanche, le maintien de Serigne Mbaye Thiam à l’éducation nationale ne va pas dans le sens de l’apaisement du climat social. On aurait pu en dire autant des nominations dans le secteur du travail et de la fonction publique, confiés à des novices dans un contexte social aussi chargé. Tout compte fait, on peut dire que les signaux donnés par le nouveau gouvernement sont très mitigés. Quel est le type de gouvernement sied dans le contexte au Sénégal ? Cette équipe se révèle en vérité comme un gouvernement de circonstance, chargé de préparer les élections présidentielles. Il était difficile pour le Président Macky Sall de concilier les impératifs d’une quête de victoire en 2019, et ceux de l’efficacité gouvernementale qui lui aurait permis de poursuivre la réalisation du PSE, dont les résultats sont pourtant patents. Pouvait-il privilégier le choix de technocrates sans ancrage politique et espérait que les bons résultats lui serviraient de relais pour sa réélection ? Ou alors avait-il besoin de politiques capables de mobiliser les électeurs en plus de son coefficient personnel, pour redonner de l’espoir aux populations. Etant entendu que l’impact du PSE ne peut être totalement ressenti en 18 mois, il a sans doute préféré la pédagogie politique plutôt que la recherche de résultats économiques sociaux difficiles à atteindre en dans le laps de temps nous séparant des élections. Ce choix n’est pas sans risque. Mais, il peut paraître compréhensible, car on peut trouver beaucoup d’exemples qui montrent que les résultats économiques ne sont pas toujours une garantie de réélection. D’autres facteurs immatériels peuvent valoir leur pesant d’or. De toute façon, dans l’escarcelle présidentielle, on pourra trouver la CMU, les bourses familiales, l’électricité, les infrastructures routières et la carte scolaire. Une ombre au tableau, la restriction des libertés démocratiques et l’image déformée de notre justice que la nomination du nouveau garde des sceaux pourra difficilement corriger. Comment gérer les frustrés et les attentes déçues ? Il faudra beaucoup de pédagogie, de patience, de paix et de croissance inclusive. Un bon président doit savoir vivre et fonctionner avec les frustrations, à défaut de pouvoir les effacer. Ce qui n’empêchera à la sanction populaire de s’exercer dans un sens comme dans l’autre. Quelles sont les vraies raisons des départs de certains ministres comme Mankeur Ndiaye, Viviane Bampassy, Youssou Touré, Yakham Mbaye et Mansour Sy ? Seuls le Président Macky Sall et son premier ministre pourraient répondre à cette question. On peut supposer que Mankeur Ndiaye, pourtant bon ministre des affaires étrangères, manque de base politique et ne donne pas suffisamment de garantie en termes de valeur ajoutée électorale à Dagana. Quant à Mme Bampassy, politiquement peu représentative, son inexpérience pour les fonctions ministérielles n’a pas milité en sa faveur. Les erreurs de gestion commises par Awa Marie Coll Seck, autre bon ministre l’auraient perdue. Quant à Yakham et Youssou Touré, ils ont symbolisé une certaine conflictualité nuisible à l’image présidentielle. Mansour Sy lui a du céder son poste au nouveau secrétaire Général du PIT, Samba Sy au nom d’un inexorable souci de partage du gâteau, qui a miné cette gauche caviarde, à l’image de la LD, AJ, RTAS, entre autres.

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