À Bissau, la Cedeao pousse pour une transition rapide et un climat de confiance

POLITIQUE
Lundi 12 Janvier 2026

Les dirigeants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ont mené samedi à Bissau des échanges avec les autorités militaires au pouvoir, dans une tentative d’accélérer le retour à l’ordre constitutionnel et d’obtenir des avancées sur la libération de détenus politiques, selon plusieurs sources citées par l’AFP.


Au cœur de la médiation, le président sierra-léonais Julius Maada Bio, actuel président en exercice de l’organisation, et le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye ont cherché à arracher un engagement clair sur une transition « courte et transparente », susceptible de restaurer la légitimité institutionnelle et de relancer le calendrier électoral. Face à eux, la junte conduite par le général Horta N’Tam a maintenu une position prudente, estimant qu’une « période de sécurité » demeure nécessaire pour stabiliser le pays avant toute consultation, et qu’une année de transition, initialement annoncée après la prise de pouvoir, ne suffirait plus.



Dans un message publié sur le réseau social X, Julius Maada Bio a qualifié les discussions de « constructives » tout en appelant à une transition rapide, portée par un gouvernement inclusif. Cet appel illustre la volonté de la Cedeao d’éviter l’enlisement, alors que la crise s’est ouverte quelques jours seulement après l’élection présidentielle de novembre. L’armée avait renversé le président Umaro Sissoco Embalo, qui sollicitait un second mandat, puis suspendu le processus électoral, plongeant le pays dans une impasse politique.

Les échanges n’ont pas porté uniquement sur les contours institutionnels de la transition. La question des prisonniers politiques s’est imposée comme un test de confiance. La délégation ouest-africaine a rencontré Fernando Dias, candidat de l’opposition, réfugié à l’ambassade du Nigeria où il a obtenu l’asile depuis le coup d’État. Les médiateurs se sont également rendus au chevet de Domingos Simoes Pereira, figure majeure de l’opposition, emprisonné depuis le putsch après avoir été déclaré inéligible par la Cour suprême, selon un journaliste de l’AFP présent sur place. Pour les émissaires de la Cedeao, l’élargissement « inconditionnel » des détenus politiques demeure un préalable essentiel à l’instauration d’un climat de confiance permettant de dénouer la crise.

La junte, elle, privilégie une approche graduelle. Elle met en avant les libérations déjà intervenues fin décembre, puis jeudi, tout en refusant de s’engager sur un calendrier précis. Un membre du Haut Commandement militaire a indiqué à l’AFP que les autorités souhaitent procéder par étapes, une ligne qui nourrit les inquiétudes des médiateurs, soucieux d’éviter que la question des détenus ne devienne un levier de négociation sans échéance.
Autre sujet sensible abordé lors des discussions, l’hypothèse d’une force d’intervention de la Cedeao, mobilisable en cas d’aggravation de la crise.

Cette option, encore au stade des échanges, est perçue localement comme un signal de fermeté, mais aussi comme un risque d’escalade politique. Plusieurs sources à Bissau estiment que les autorités de transition verraient un tel déploiement comme une atteinte à la souveraineté nationale, ce qui pourrait crisper davantage le dialogue.

À l’issue de cette séquence, la Cedeao cherche à obtenir des gestes rapides susceptibles de crédibiliser la perspective d’une transition courte, tandis que la junte campe sur l’argument de la stabilisation préalable. Entre exigences de calendrier, libérations attendues et débat sur une éventuelle force régionale, la médiation s’annonce comme une course contre la montre pour éviter l’installation durable d’un pouvoir militaire et préserver une sortie de crise négociée.