APR : comment Macky Sall “rajeunît” son parti pour survivre à l’après-pouvoir et préparer le futur

POLITIQUE
Mardi 27 Janvier 2026

Près de deux ans après la perte du pouvoir, Macky Sall choisit de sortir de la réserve et de remettre de l’ordre dans sa maison. L’arrêté du 20 janvier 2026, qui restructure en profondeur l’état-major de l’Alliance pour la République (APR–Yaakaar), n’est pas un simple jeu de chaises musicales : c’est une stratégie de survie politique.

Un signal clair : l’APR refuse la trajectoire des partis-État qui s’effondrent dès qu’ils quittent le Palais. Et au cœur de cette relance, une priorité se dessine : rajeunir l’appareil, réarmer la communication et reconstituer une machine électorale capable de durer.




Une relance organisée depuis l’extérieur, mais pensée pour le terrain Le fait est en soi un message : depuis sa résidence au Maroc, Macky Sall continue de piloter, signe les nominations et redessine la chaîne de commandement. Ce choix répond à une urgence classique de l’après-pouvoir : éviter que le parti ne se délite sous l’effet des départs, des rivalités internes et de la démobilisation militante.

Quand un parti perd l’État, il perd aussi l’avantage du temps médiatique, des réseaux administratifs et des ressources. Pour rester debout, il doit redevenir un parti “de terrain” — structuré, discipliné, visible. Rajeunir sans rupture : la méthode du tandem
Le “rajeunissement” opéré ne ressemble pas à une purge générationnelle. Macky Sall conserve ou reconduit des cadres aguerris, mais place la jeunesse, la mobilisation et la parole publique au centre. C’est une logique de tandem : les anciens tiennent la colonne vertébrale et l’expertise, les plus jeunes et les profils offensifs portent l’énergie militante, la présence sur les réseaux et la riposte quotidienne.

En filigrane, l’ancien président corrige un handicap que l’APR a payé cher : l’image d’un parti installé, parfois perçu comme éloigné de la jeunesse urbaine et des nouvelles formes de mobilisation. La relance passe donc par une nouvelle architecture où les mouvements (jeunes, femmes, diaspora) redeviennent des centres de gravité.

Une armée de porte-parole : occuper l’espace, tous les jours



La multiplication des porte-parole et l’installation d’un pôle porte-parolat relèvent d’une stratégie assumée : saturer l’espace public. Ce choix traduit une réalité : dans l’opposition, le premier pouvoir, c’est la parole. Et la parole, dans l’ère numérique, doit être constante, segmentée, rapide.


En renforçant un dispositif médiatique collectif, Macky Sall cherche aussi à sortir d’un piège : l’hyper-dépendance au chef. Un parti qui n’a qu’une seule voix s’essouffle vite ; un parti qui dispose d’un “éventail” de voix peut attaquer sur plusieurs fronts (économie, justice, social, diplomatie), s’adapter aux cycles d’actualité et maintenir la pression.
  Les jeunes et les femmes : le cœur logistique de la reconquête



Le message central est que la bataille à venir se jouera dans la capacité à remobiliser les segments qui font et défont une élection : la jeunesse et les femmes. Dans la plupart des partis sénégalais, les femmes sont la force d’organisation locale, de mobilisation de proximité et de maillage social.

Les jeunes, eux, sont la force de projection, la rue, les réseaux, l’université, les quartiers. Réinvestir ces structures, c’est reconstruire la base militante, non pas pour “exister”, mais pour redevenir compétitif.

L’APR sait que son avenir se joue sur une question : peut-elle regagner une partie de l’électorat qui a basculé lors du dernier cycle politique ? La réponse passe par un rajeunissement fonctionnel : nouvelles têtes, nouveaux porte-voix, nouveaux canaux, mais aussi remise en route des structures.
  La diaspora, les structures, les alliances : reconstruire la machine électorale
La survie d’un parti après l’alternance dépend souvent moins des discours que de l’organisation. En ce sens, les nominations touchant la diaspora et les structures internes révèlent une intention : reconstituer l’infrastructure électorale.

La diaspora joue un rôle de relais, d’influence et de ressources ; les structures territoriales forment le système nerveux du parti. Quant aux alliances, elles sont la condition de la crédibilité d’une opposition qui veut redevenir majoritaire.
Autrement dit, Macky Sall ne se contente pas de préparer une “riposte médiatique”, il prépare une architecture électorale.
  L’APR veut devenir une opposition institutionnelle, pas seulement protestataire
Derrière les mots (“opposition constructive”, “gouvernement de l’ombre”, “réponse dossier par dossier”), une posture se dessine : l’APR veut se présenter comme une opposition capable de gouverner. C’est un virage stratégique : au lieu de s’installer dans la pure dénonciation, le parti cherche à crédibiliser une alternative, en ciblant les sujets sensibles (vie chère, dette, justice, tensions sociales) et en se donnant des porte-voix sectoriels.

C’est aussi une manière de protéger son bilan : contrer le récit selon lequel tous les problèmes actuels seraient hérités, sans débat, de l’ancien régime. La bataille est narrative autant qu’électorale.
  Le vrai risque : rajeunir l’organigramme sans renouveler l’offre politique
Cette stratégie peut produire un effet rapide : retour dans l’espace public, remobilisation, discipline interne, reconquête d’un électorat nostalgique ou inquiet. Mais elle a une limite : rajeunir des postes ne suffit pas si le parti ne renouvelle pas son discours, ses pratiques et sa capacité à répondre aux attentes actuelles.
L’autre risque est la cacophonie : plus il y a de porte-parole, plus il faut une coordination stricte pour éviter les contradictions. Enfin, l’APR devra gérer l’après : si Macky Sall reste le seul centre de gravité, la question de la succession interne finira par revenir. Une stratégie de survie qui annonce le “match retour”



En restructurant l’APR, Macky Sall envoie un signal de combat : le parti ne veut pas devenir un souvenir du pouvoir. Le rajeunissement, ici, est moins une révolution générationnelle qu’une méthode de relance : remettre les jeunes et la communication au cœur, réactiver les femmes et la diaspora, renforcer l’appareil et les alliances, et reconstruire une force politique capable de tenir le temps long.


En clair : l’APR tente de se transformer d’un parti de gouvernement en une opposition durable, avec une ambition assumée : préparer le prochain cycle et revenir dans le jeu, non pas comme un survivant, mais comme un prétendant sérieux.