L'hémicycle sénégalais a été le théâtre d’un affrontement verbal d'une rare violence ce lundi. Alors que les députés étaient réunis en séance plénière pour examiner les projets de loi portant modification du Code du travail et du Code de la sécurité sociale, l'opposition, menée par le président du groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal, Abdou Mbow, a frontalement percuté la majorité présidentielle du PASTEF.
Dénonçant une méthode à la hussarde et une dérive autoritaire, le parlementaire a tenté un coup d'arrêt juridique pour bloquer l’examen des textes.
Une accusation de « dictature » et un climat social sous haute tension
Prenant la parole dans une ambiance électrique, Abdou Mbow n'a pas mâché ses mots à l'encontre du gouvernement du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô et de la majorité acquise à Ousmane Sonko :
« Vous êtes un régime qui veut imposer la dictature dans ce pays », a-t-il lancé du haut de la tribune, fustigeant une volonté manifeste de faire adopter ces réformes fondamentales au forcing, sans réelle concertation avec les forces vives de la nation.
Pour l’opposant, l’adoption de ces projets de loi en l'état équivaudrait purement et simplement à « déclarer la guerre aux travailleurs ». Cette charge parlementaire intervient alors que le front social est en pleine ébullition au Sénégal. La veille, plusieurs centrales syndicales majeures sont montées au créneau, brandissant la menace d’une grève générale si le pouvoir persistait à modifier les acquis sociaux sans consensus préalable.
L’arme de l’article 83 : La « question préalable » pour paralyser le vote
Face à ce qu’il qualifie de déni de dialogue social, Abdou Mbow a dégainé l’arme procédurale en s’appuyant sur l’article 83 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale. Il a formellement soulevé une question préalable, une motion juridique visant à décider qu’il n’y a pas lieu à délibérer sur les textes proposés.
L'argumentaire du député repose sur deux piliers. Dans un contexte économique difficile, l'État se doit d'accompagner et d'écouter les travailleurs plutôt que de leur imposer des réformes unilatérales. Constatant l’absence de consensus entre le ministère du Travail et les organisations syndicales, le parlementaire a exigé le retrait immédiat des projets de loi de l’ordre du jour.
Cette nouvelle friction vient alourdir l'atmosphère au sein d'un Parlement déjà surchauffé par le projet parallèle de révision constitutionnelle. Avec une majorité confortable de 130 sièges, le PASTEF dispose des leviers pour passer outre les motions de l'opposition. Cependant, en s'aliénant les syndicats et en braquant l'opposition sur des terrains aussi sensibles que le droit du travail, le pouvoir en place s'expose à ce que la contestation parlementaire ne se déplace directement dans la rue.