Le dossier de l’Agence Sénégalaise d’Électrification Rurale (ASER) provoque une nouvelle passe d'armes d'une extrême violence verbale entre l'opposition et le pouvoir. Dans une déclaration au vitriol publiée ce mardi 13 octobre 2026, le président de la République des Valeurs, le député Thierno Alassane Sall (TAS), accuse le Premier ministre Ousmane Sonko et sa majorité parlementaire de verser dans la « manipulation » et la « propagande » en tentant d'engager à la hâte une commission d'enquête au dépris des règles du jeu parlementaire.
Un revirement qualifié de « panique à bord »
Au cœur de la charge de Thierno Alassane Sall figure ce qu'il présente comme un volte-face politique de la majorité présidentielle.
Le parlementaire d'opposition rappelle qu'outre ses interpellations répétées depuis octobre 2024 concernant le marché ASER / AEE Power EPC (portant sur l'avance de démarrage de 37 milliards de francs CFA), la majorité PASTEF avait jusqu'alors systématiquement refusé d'ouvrir le dossier au débat parlementaire.
Dès le dépôt formel de sa plainte judiciaire le 16 octobre 2025, les députés de la majorité se seraient abrités derrière le cadre légal pour paralyser la création d'une commission d'enquête parlementaire.
TAS affirme qu'aujourd'hui, face à la pression de l'opinion et aux répercussions du dossier, la majorité tente d'invoquer l'alinéa 1 de l'article 53 du Règlement intérieur de l'Assemblée nationale pour ouvrir en urgence une enquête sous sa propre initiative.
La bataille de l'article 53 : L'obstacle des poursuites judiciaires
L'argument juridique choc développé par le député de la République des Valeurs repose sur le chevauchement entre procédures parlementaires et actions judiciaires en cours.
Invoquant les dispositions réglementaires qui régissent l'institution parlementaire, Thierno Alassane Sall pointe une contradiction rédhibitoire :
« Ils invoquent l'alinéa 1 de ce même article 53 pour enfin ouvrir une enquête. Ils violent au passage son alinéa 3, qui interdit formellement toute commission d'enquête parlementaire sur des faits faisant l'objet de poursuites judiciaires », martèle l'élu.
Pour l'opposition, dès lors que la justice est saisie, notamment à travers sa plainte et les procédures pendantes, l'Assemblée nationale se trouve légalement incompétente pour mettre en place une commission d'enquête parallèle sur les mêmes faits.
« Une pathétique mise en scène » : La dénonciation d'un Parlement instrumentalisé
Au-delà de l'analyse juridique, la sortie de Thierno Alassane Sall prend une tournure résolument politique. Qualifiant PASTEF et ses alliés de « majorité de girouettes », le parlementaire dénonce l'utilisation des institutions à des fins de communication partisane.
Selon lui, la majorité cherche désormais à organiser une « mise en scène » pour reprendre le contrôle du récit médiatique, dissimuler le retard pris dans le chantier de l'électrification rurale et neutraliser les critiques relatives à la gestion des marchés publics.
Alors que l'Assemblée nationale multiplie les initiatives d'enquêtes sur divers dossiers sous controverse, cette vive controverse autour du périmètre de l'article 53 illustre la tension croissante entre l'action judiciaire et le contrôle parlementaire.

