Le dossier du retrait de la compagnie pétrolière américaine Kosmos Energy du bloc gazier stratégique Yakaar-Teranga entre dans une phase décisive. Saisie par le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, l’Inspection générale d’État (IGE) mène de nombreuses auditions pour faire toute la lumière sur la gestion administrative et financière de ce retrait.
Le ministre de l’Énergie, de l’Hydraulique et des Mines, Dr El Hadji Abdourahmane Diouf, a révélé avoir été lui-même entendu par les corps de contrôle et leur avoir transmis l'ensemble des documents en sa possession.
Une audition formelle et la transmission des pièces justificatives
Sortant de son silence sur cette affaire qui alimente les débats politiques et économiques depuis plusieurs semaines, le ministre Abdourahmane Diouf a confirmé avoir répondu aux convocations des enquêteurs de l'IGE.
« Nous avons fourni aux enquêteurs notre version des faits ainsi que tous les documents dont nous disposions. Ils font leur travail en toute indépendance et auditionnent de nombreuses personnes. Il convient désormais de les laisser poursuivre sereinement leurs investigations », a déclaré le ministre.
Abdourahmane Diouf a souligné que le rapport final de l'IGE sera directement remis au chef de l'État, à qui il appartiendra de tirer les conclusions juridiques et administratives qui s'imposent.
Genèse de la polémique : L'énigme des 55 millions de dollars
La controverse autour du bloc de Cayar Offshore Profond (Yakaar-Teranga) découle d'un différend d'interprétation au sommet de l'État concernant les conditions du retrait de Kosmos Energy :
L'accord initial d'avril 2026 : La précédente équipe gouvernementale avait salué la signature d'un accord de retrait conjoint de Kosmos Energy et Petrosen sans contrepartie financière pour l'État, présentant le retour du permis gazier dans le portefeuille de l'entreprise nationale Petrosen comme une victoire stratégique à coût nul.
Les révélations de septembre 2026 : Lors de sa Déclaration de politique générale (DPG) devant l'Assemblée nationale, le Premier ministre Al Aminou Lô a publiquement mis en cause la gestion de ce dossier. Il a évoqué une créance de 55 millions de dollars (environ 33 milliards de FCFA) au titre d'engagements minimaux de travaux ou d'indemnités qui auraient dû être réclamés à Kosmos Energy à l'échéance du contrat en juillet 2026.
La bataille d'interprétation juridique : Plusieurs cadres du secteur pétrolier et anciens responsables affirment de leur côté que ces 55 millions de dollars correspondaient à des engagements de dépenses d'exploration et non à une dette liquide immédiatement exigible par le Trésor public. Chronologie et enjeux du dossier Yakaar-Teranga Étape clé Événement et enjeu institutionnel Avril 2026 Annonce d'un accord de renoncement et de retrait de Kosmos Energy du bloc Yakaar-Teranga, le permis revenant à 100 % à Petrosen. 8 Septembre 2026 Le Premier ministre Al Aminou Lô révèle devant l'Assemblée nationale l'existence de "manquements" et d'une indemnité non recouvrée de 55 millions $. 10 Septembre 2026 Le président Bassirou Diomaye Faye instruit officiellement l'IGE de diligenter un audit approfondi sur la régularité de la procédure. Octobre 2026 Audition du ministre de l'Énergie Abdourahmane Diouf et remise imminente des conclusions d'enquête au chef de l'État. La gouvernance des ressources naturelles au crible
L'intervention de l'IGE vise à établir de manière impartiale si l'État du Sénégal a subi un préjudice financier lors des négociations de renonciation ou s'il s'agit d'une divergence d'appréciation technique des clauses contractuelles.
Alors que le Sénégal s'apprête à devenir un acteur gazier de premier plan en Afrique de l'Ouest, cette enquête administrative illustre la volonté de l'Exécutif d'imposer une transparence rigoureuse dans la gestion des blocs d'hydrocarbures et de rassurer l'opinion publique sur la protection des intérêts patrimoniaux de la Nation.