Affaire PRODAC : La Chambre d’accusation accorde la liberté provisoire à Pape Malick Ndour

JUSTICE
Mercredi 24 Juin 2026

Nouveau rebondissement de taille dans le feuilleton judiciaire lié au Programme des domaines agricoles communautaires (PRODAC). L'ancien ministre de la Jeunesse et ex-coordonnateur du programme, Pape Malick Ndour, vient de remporter une bataille décisive. La Chambre d’accusation a accédé à sa demande de liberté provisoire, s'alignant sur les solides arguments techniques présentés par son pool d'avocats.

Selon son avocat, Me Baboucar Cissé, la juridiction a fait droit à la demande déposée par la défense de l’ancien coordonnateur du Prodac, mettant ainsi un terme à plus d’un mois de détention à la maison d’arrêt et de correction de Rebeuss. La mesure reste toutefois assortie du port du bracelet électronique, qui avait déjà été imposé à l’intéressé lors d’un premier épisode judiciaire, avant d’être levé au moment de son incarcération.

Après des mois de bras de fer procéduraux entre le parquet financier et la défense, la juridiction de second degré a finalement tranché en faveur de l'ancien haut responsable. Pour motiver sa décision, la Chambre d'accusation a formellement reconnu l'existence de « contestations plus que sérieuses » remettant en cause la solidité des accusations initiales.
Le fond du dossier sérieusement ébranlé



Pape Malick Ndour avait été initialement inculpé pour association de malfaiteurs, escroquerie sur des deniers publics et blanchiment de capitaux, sur la base d'un rapport pointant des irrégularités à hauteur de 2,7 milliards de francs CFA. Écroué après une longue bataille de recours (le parquet ayant exigé son placement derrière les barreaux après l'obtention d'un premier régime sous bracelet électronique), l'ancien ministre a toujours nié en bloc.

La défense a pilonné le dossier de l'accusation en démontrant des failles majeures, notamment un anachronisme flagrant :

La chronologie des faits : Le rapport de base incriminant la gestion du DAC de Séfa avait été bouclé à la fin de l'année 2018.

La prise de fonction : Pape Malick Ndour n'a pris officiellement ses fonctions de coordonnateur qu'en juin 2019, soit plusieurs mois après la clôture des exercices épinglés par ledit rapport.

C’est précisément ce décalage et l'absence de liens de causalité clairs qui ont poussé les juges à qualifier les contestations de la défense de « sérieuses », justifiant ainsi l'élargissement de l'ex-ministre.
Une bouffée d'oxygène pour la défense et le camp de l'APR

Cette mise en liberté provisoire sonne comme un désaveu pour le parquet près le Pool Judiciaire Financier (PJF), qui s'était fermement opposé aux mesures alternatives à la prison. Récemment, le camp de l'ancien ministre, notamment la Convergence des cadres républicains (CCR), était monté au créneau pour dénoncer un « acharnement » et une instrumentalisation politique de l'appareil judiciaire.

Depuis sa cellule, Pape Malick Ndour affirmait garder « la tête haute ». Cette décision de justice lui permet désormais de retrouver sa liberté de mouvement pour la suite de l'instruction, même si le dossier au fond reste ouvert. Pour ses proches et ses avocats, c'est une première victoire majeure qui vient conforter leur stratégie : démontrer que la responsabilité pénale ne saurait être confondue avec les contingences politiques.