Dans une tribune d'une grande sévérité publiée ce jour, le maire de Dakar et cadre de PASTEF, Abass Fall, s'adresse directement au président de la République, Bassirou Diomaye Faye, pour réclamer la libération immédiate de ces jeunes qu'il qualifie de véritables « otages » du pouvoir.
M. Le Président, vous avez prêté serment devant le peuple sénégalais en vous engageant à respecter la constitution et à la faire respecter. Êtes vous au courant M le Président que les droits constitutionnels de jeunes sénégalais sont actuellement bafoués?Un rappel historique du combat partagé contre l'injustice
Remontant le fil des événements jusqu'à sa propre arrestation en février 2021 sous le régime de Macky Sall, Abass Fall évoque un souvenir marquant : la visite que lui avait alors rendue Bassirou Diomaye Faye à la Police centrale de Dakar. À cette époque, l'actuel chef de l'État s'insurgeait vivement contre les méthodes policières visant les opposants et coordonnait le pool d'avocats chargé de leur assistance juridique.
L’arrestation de jeunes qui font dans la satire n’honore pas notre démocratie et enfreint la liberté d’expression . La place de ces jeunes n’est pas dans les geôles et ces intimidations ne feront qu’exacerber les rancœurs .
Mettant le président face à ses engagements constitutionnels et au serment qu'il a prêté devant le peuple sénégalais, le maire de Dakar s'interroge sur le contraste entre les principes hier défendus et les pratiques judiciaires aujourd'hui observées envers la jeunesse et les acteurs de la satire politique.
Un réquisitoire contre la justice et les forces de l'ordre
Abass Fall ne ménage pas l'action gouvernementale et pointe une responsabilité directe au niveau des ministères souverains.
Ancien défenseur des libertés publiques, le garde des Sceaux se voit reprocher une fermeture d'esprit face aux dérives actuelles, le maire de Dakar rappelant que sa réputation et son jugement par l'Histoire sont directement engagés.
Il reproche au ministre de l'Intérieur de tolérer que les forces de l'ordre violent les lieux de travail et les espaces de rédaction d'honnêtes citoyens pour y procéder à des arrestations manu militari.
Denonçant un deux poids, deux mesures flagrant où certains auteurs de dérapages sont simplement convoqués tandis que d'autres sont cueillis chez eux comme de vulgaires délinquants, l'édile de la capitale estime que de telles méthodes ne feront qu'exacerber les rancœurs au sein de la société.
M. Le Président je terminerai par vous rappeler cette citation de Montesquieu : « il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice. En attendant nous considérons que Lamignou Darou, Oustaz Thiep et Ndiaye Touba sont des otages victimes de leur droit à vouloir exercer un droit constitutionnel : la liberté d’expression.
« Aucune tyrannie n'est plus cruelle que celle exercée à l'ombre des lois »
S'appuyant sur la célèbre pensée de Montesquieu pour illustrer son propos, Abass Fall martèle que la place de ces jeunes satiristes n'est pas dans les geôles répressives. Il affirme que la liberté d'expression demeure un droit constitutionnel fondamental qui ne saurait être restreint par des manœuvres d'intimidation.
Cette prise de parole retentissante au sein de la majorité politique vient accentuer la pression sur l'exécutif, alors que la tension ne cesse de monter autour de la gestion des espaces de liberté et du statut des nouveaux médias en ligne.