Bally Bagayoko, l’Insoumis d'origine malienne qui a conquis la "Cité des rois"

INTERNATIONAL
Mardi 17 Mars 2026

L’ancien basketteur de 50 ans vient de reprendre Saint-Denis au Parti Socialiste dès le premier tour. Portrait d’un enfant de la cité, pur produit de la Seine-Saint-Denis, qui devient le maire de la plus grande ville LFI de France.


www.lessentiel.sn: Au soir de sa victoire, Bally Bagayoko affiche un large sourire. Le maire fraichement élu n'est pas du genre à raser les murs, encore moins ceux de sa ville. À 50 ans, ce colosse aux attaches maliennes vient de réaliser ce que beaucoup jugeaient impossible : renvoyer Mathieu Hanotin (PS) à ses chères études dès le premier tour des municipales de mars 2026. Avec 50,77 % des voix, il n'a pas seulement gagné une élection, il a repris un bastion.
 
Dribble de gauche
 


Pour Bally, tout commence sur le bitume. Pas celui des manifestations (quoi que), mais celui des terrains de basket. Dans les années 90, il est l’un de ces espoirs du sport dionysien qui voient dans le ballon orange une échappatoire et un miroir. Le basket lui apprend le collectif et, surtout, le contact. Une qualité qu’il n’a jamais perdue. « Bally, c’est celui qui vous serre la main en connaissant le prénom de votre grand-mère », s'amuse un militant de la première heure.
Entré en politique par la porte du PCF avant de trouver son foyer naturel chez La France Insoumise (LFI), il a patiemment tissé sa toile. Vice-président du conseil départemental, opposant acharné... il a rongé son frein pendant six ans, observant Mathieu Hanotin «transformer la ville en showroom pour promoteurs ». Sa campagne ? Un plaidoyer contre la gentrification, un cri de ralliement pour ceux qui craignaient que les JO de 2024 ne finissent par les expulser de leur propre destin.
 
Le maire de la « fusion-passion »

Le timing est historique. Bagayoko ne devient pas seulement maire de Saint-Denis, mais de la « commune nouvelle » fusionnée avec Pierrefitte-sur-Seine. Soit 150 000 âmes, un mastodonte de béton et d’espoir. C'est désormais la plus grande ville de France aux mains des Insoumis. Une vitrine nationale pour Jean-Luc Mélenchon, qui voit en lui l’incarnation parfaite de « l’union populaire » : un élu qui ressemble à son territoire, sans filtre et sans cravate de soie.
 
Ses détracteurs pointent du doigt son radicalisme ? Il répond « bouclier social ». On l’accuse de communautarisme ? Il rétorque « représentativité ». Pour Bally, Saint-Denis n’est pas une enclave, c’est le futur de la France.
 
Dunk sur le social

Au soir de sa victoire, l'émotion était palpable sous les néons de la salle de dépouillement. Le basketteur a réussi son dunk le plus important. Mais la partie ne fait que commencer. Entre la gestion d'une fusion administrative complexe et la promesse de bloquer les prix des cantines et de stopper les expulsions locatives, le nouveau maire sait que les lendemains de fête ont souvent le goût de l'âpreté budgétaire.
 
Qu'importe. Pour celui qui se définit comme un « pur produit du 93 », l'essentiel est ailleurs : avoir prouvé que la banlieue peut se choisir un destin qui ne soit pas écrit par d'autres. Dans la cité des Rois, Bally Bagayoko a été sacré par les urnes. Sans couronne, mais avec une sacrée pression sur les épaules.
 
Un pur produit de la Seine-Saint-Denis



 
Bally Bagayoko n'est pas un parachuté. Figure locale bien connue, il incarne cette nouvelle génération de dirigeants politiques issus des quartiers populaires de la banlieue parisienne.
 
Il est souvent décrit par ses soutiens, comme Éric Coquerel, comme un élu « à l'image des habitants de Saint-Denis », issu d'une immigration récente et profondément ancré dans les réalités sociales du département le plus pauvre de l'Hexagone.
 
Avant d'être un homme politique, il a été un jeune très impliqué dans le mouvement sportif dionysien, un socle qui lui a permis de construire sa notoriété et son réseau local.
 
Un "Insoumis" aux responsabilités

Membre influent de La France Insoumise, il a su s'imposer comme le leader naturel d'une liste d'union de la gauche (comprenant le PCF et des collectifs citoyens) pour ce scrutin de 2026.

Loin d'être un débutant, il a déjà exercé des fonctions de vice-président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis et a longtemps siégé dans l'opposition municipale. Il devient le premier maire de la commune nouvelle issue de la fusion entre Saint-Denis et Pierrefitte-sur-Seine, soit une cité de près de 150 000 habitants. C'est désormais la plus grande ville de France dirigée par un maire LFI.
 
Le tombeur de Mathieu Hanotin
Sa victoire avec 50,77 % des voix dès le premier tour est une véritable déflagration politique. Elle met fin au mandat de Mathieu Hanotin (PS), que Bagayoko qualifiait durant la campagne d'« agent immobilier », lui reprochant une politique de gentrification qui aurait « défiguré » et « vendu » la ville.
 
« La victoire de Mathieu Hanotin en 2020 était une parenthèse qui allait se refermer. » — Bally Bagayoko, au soir de sa victoire.
 
Ses priorités affichées :
Bouclier social : Face à l'austérité budgétaire nationale, il souhaite faire de la mairie un rempart pour protéger les services publics de proximité. Logement : Il a fait de la lutte contre le logement insalubre et la spéculation immobilière l'un des piliers de son programme. Jeunesse et Sport : Fort de son passé, il promet de réinvestir massivement dans les équipements de quartier et les structures d'accompagnement des jeunes.

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