Ces salaires faramineux des DG de sociétés

POLITIQUE
Mercredi 8 Mai 2019

Le rapport de l’«étude sur le système de rémunération au sein de l’administration sénégalaise» en date de décembre 2015 qui vient d’être rendu public expose les disparités, pour ne pas dire les énormes incongruités, au niveau des salaires des agents de l’Etat. Cette étude menée par le Cabinet MGP-Afrique dirigé par Mohamed Sall Sao, conseiller en organisation, expert international en administration publique, chef de mission, révèle les salaires exorbitants que certains directeurs généraux et autres perçoivent. Des directeurs généraux de la 1ère catégorie (Artp, ADIE, ANSD ; AGEROUTE; ADS, ANACIM et AGPBE) gagnent plus que leurs ministres de tutelle. Leurs rémunérations peuvent aller jusqu’à plus de 16 millions de Fcfa par mois ! Finalement être Dg sous les cieux de Macky Sall est plus intéressant qu’être ministre.


Les directeurs généraux de certaines agences de notre pays sont riches comme Crésus. En tout cas, ils ont des salaires à donner le vertige ! C’est ce qu’on constate à la lecture du rapport de 176 pages intitulé « Etude sur le système de rémunération au sein de l’administration sénégalaise », commandité par l’Etat et réalisé par le Cabinet MGP- Afrique et dirigé par Mohamed Sall Sao, Conseiller en organisation, expert international en administration publique, chef de mission. Dans ce rapport, tous les salaires et autres indemnités de tous les agents de la Fonction publique et des agences de l’Etat y sont mentionnés. L’étude s’inscrit dans le cadre de la politique de modernisation de l’administration publique en vue de com- battre : les lourdeurs et lenteurs des procédures ; l’inadaptation des agents aux mutations de l’environnement ; leur manque de motivation en raison du bas niveau des rémunérations; et les disparités et iniquités du système indemnitaire. Il démarre en rappelant en premier lieu les indications suivantes fournies sur les effectifs de la fonction publique pour l’année 2014 : 103.358 agents de l’Etat émargeant sur le Titre II du budget de l’Etat ; 485,2 milliards de masse salariale, pour 1.482,5 milliards de recettes fiscales, ce qui représente un ratio de 32,7 %.

Ce rapport, donc, révèle les salaires exorbitants des directeurs généraux qui touchent plus que les ministres. Le cumul injustifié
d’indemnités de fonction est amplifié, de surcroît, par la latitude laissée au ministre chargé des Finances d’octroyer au directeur général ou directeur une « indemnité différentielle » basée sur son ancienneté et les performances de l’agence, à laquelle s’ajoute une prime annuelle de « rendement » représentant 35 % du salaire de base annuel et « attribuée en fonction de la réalisation des performances assignées à l’agence»... Les rémunérations des dirigeants des sociétés ou agences de 1ère catégorie atteignent ainsi des niveaux insoupçonnés jusqu’ici et il est incompréhensible, quelle que soit l’importance de ces agences d’exécution, que leurs dirigeants aient des rémunérations de loin supérieures à celles de leurs ministres de tutelle et même, parfois, quatre à cinq fois supérieures à celles des agents les mieux payés de ces ministères. C’est ainsi que, par exemple, un directeur général d’une entité de 1ère catégorie (- Agence de Régulation des Télé- communications et des Postes (ARTP), Agence de l’Informatique de l’Etat (ADIE), Agence nationale de la Statistique et de la Dé- mographie (ANSD) ; Agence des Travaux et de Gestion des Routes (AGEROUTE) ; Agence des Aéroports du Sénégal (ADS) ; Agence Nationale de l’Aviation civile et de la Météorologie (ANACIM) et - Agence de gestion du Patrimoine bâti de l’Etat (AGPBE) peut se retrouver avec une rémunération de 16,5 millions de francs CFA, au lieu des 7,5 millions auxquels il serait en droit de prétendre. Les auditeurs du rapport ont expliqué l’effort entrepris par l’Etat, à travers le décret n° 2014–1186 du 17 septembre 2014, pour harmoniser les rémunérations des directeurs généraux ou directeurs des quatre catégories d’agences.

Il convient de souligner que les rémunérations des dirigeants des agences ou sociétés de 3ème catégorie se montent à 3 millions de francs par mois. Il s’agit de la HAALSS (Haute Autorité Aéroport Léopold Sédar Senghor), ASEPEx (Promotion des exportations), ANGMV (Grande Muraille Verte), ANA (Agence nationale Aquaculture, ANIDA, APRHN; ANCTP). Les dirigeants des agences de 4ème catégorie, eux, ne touchent « que » 2 millions de frs par mois. Dans son effort d’harmonisation des rémunérations de ces dirigeants, l’Etat, plutôt que de réduire celles des dirigeants des entités des 1ère et 2ème catégories, a plutôt choisi d’augmenter les salaires des 3e et 4e catégories ! « Cette révision à la baisse aurait été d’autant plus justifiée que, du fait d’une confusion malheureuse introduite dans le décret initial de 2012 (à savoir le décret n° 2012- 1314 fixant la rémunération des directeurs généraux, directeurs, présidents et membres des Conseils de surveillance des agences), des indemnités de fonction allant de 60 % à 150 % du salaire de base leur sont accordées, alors qu’il est précisé à l’article 7 précédent du même décret que les salaires nets fixés comprennent, outre les salaires de base, les indemnités de fonction et de logement » écrivent les auditeurs.

Les recommandations
du rapport

Dans les recommandations de ce rapport, en ce qui concerne les directeurs généraux des entreprises du secteur parapublic, il est préconisé de commencer par mettre fin aux cumuls injustifiés, d’une part, de leurs rémunérations avec des indemnités de fonction et de logement qui sont en principe comprises dans leurs salaires et, d’autre part, des primes « de rendement », « différentielle », « de performance », etc., consenties par le Ministère de l’Economie et des Finances sans critère de référence. Quant aux présidents de conseil d’administration et de surveillance des entreprises du secteur parapublic, indique le rapport, c’est le principe même de leur rémunération mensuelle qui devrait être questionné, dans la mesure où il ne saurait s’agir de cogestion de leur part, des jetons de présence ou indemnités de session, ponctuels, devant pouvoir leur être attribués à l’instar des autres membres de ces conseils, en lieu et place des « indemnités mensuelles » actuelles. Mais, que voulez-vous, c’est la bamboula aux frais du contribuable ! Et au bénéfice des responsables de la coalition Benno Bokk Yaakar (Bby).

Le Témoin