Entre chocs extérieurs et bras de fer parlementaires, le gardien des comptes sénégalais s’impose comme la pierre angulaire et le bouclier financier de la rupture.
Dans les couloirs feutrés de l'immeuble Peytavin à Dakar, son pas ne tremble pas, mais sa calculatrice brûle. À 48 ans, Cheikh Diba a la voix posée de ceux qui ont passé leur vie à faire parler les chiffres avant de devoir parler aux hommes.
Depuis avril 2024, cet ancien élève de la Sorbonne et de l'ENA a hérité du fauteuil le plus brûlant du Sénégal : celui de grand maître des finances publiques. Élargi à l'Économie et au Plan lors du remaniement de juin 2026, son portefeuille en fait le véritable chef d'orchestre de la relance.
Mais la musique budgétaire a ses dissonances. En ce début d'automne 2026, l'homme est au front. Face à une Assemblée nationale électrique et une Commission des finances hésitante, Cheikh Diba défend pas à pas sa Loi de Finances Rectificative (LFR).
Entre la flambée des cours de l'énergie, les baisses de recettes fiscales et les impératifs de trésorerie pour apurer 300 milliards d'arriérés dus au secteur privé, le ministre joue l'équilibriste. « Bloquer le budget, c'est mettre en péril la signature de l'État et le dialogue avec nos partenaires », prévient-il, impassible mais ferme face aux travées parlementaires.
Du sous-sol du Budget aux sommets de l’État
Pour comprendre comment cet homme discret est devenu le pilier indiscutable du régime de Bassirou Diomaye Faye, il faut remonter la chaîne de l'administration. Cheikh Diba n'est pas un tribun de tribune.
Inspecteur des impôts et des domaines, ancien directeur de la Programmation budgétaire, il est ce qu'on appelle un « technicien pur », rodé aux subtilités des réformes budgétaires de l'UEMOA et aux négociations au long cours avec le FMI.
Lorsque le président Faye prend les rênes du pays avec la promesse d'une souveraineté économique et d'une rupture systémique, il lui faut une caution de rigueur et d'expérience.
Un homme capable de traduire les ambitions politiques en équations comptables réalistes. Diba était l'évidence. Fidèle parmi les fidèles au projet présidentiel, il incarne ce soutien de poids qui rassure autant les marchés internationaux que les acteurs économiques locaux.
« Il ne vend pas de rêves, il vend des arbitrages. C'est le pare-chocs financier du gouvernement. » — Un observateur de la vie politique dakaroise.
Le soldat du « Projet »
Dans les réunions ministérielles, sa parole pèse son pesant de milliards. Alors que la conjoncture internationale secoue l'Afrique de l'Ouest, Cheikh Diba martèle la même doctrine : protéger le panier de la ménagère tout en assainissant les finances publiques.
Injecter de l'air frais aux entreprises pour relancer l'emploi, renégocier avec tact sans rompre les amarres avec les bailleurs.
Ceux qui le côtoient décrivent un bourreau de travail, sobre, presque austère, qui préfère les notes techniques aux envolées lyriques.
Mais derrière l'extrême réserve de l'ancien haut fonctionnaire se cache le stratège d'un pouvoir qui sait qu'il jouera une grande partie de son bilan sur le portefeuille des Sénégalais.
À l'heure où les discussions budgétaires battent leur plein, le gardien du temple ne montre aucun signe de fatigue. Si Bassirou Diomaye Faye est l'architecte du nouveau Sénégal, Cheikh Diba en reste indiscutablement le maître d'œuvre.
