Colonel Abdourahim Kébé vs Me Moussa Diop : Entre démentis et révélations

JUSTICE
Vendredi 6 Mars 2026

L'offensive judiciaire lancée par le colonel Abdourahim Kébé contre l'avocat Me Moussa Diop prend une tournure inédite. Alors que le cadre de Pastef crie à la diffamation concernant une condamnation en 1999, des archives et rapports militaires font surface, dressant le portrait d'un parcours marqué par de lourdes sanctions disciplinaires.

La riposte judiciaire du Colonel Kébé
Ce vendredi, le colonel Abdourahim Kébé a franchi le pas. Accusé par Me Moussa Diop d'avoir été condamné par le passé pour « acte contre-nature », l'officier a annoncé le dépôt d'une plainte pour injure publique, diffamation et diffusion de fausses nouvelles. Pour l'actuel responsable du parti au pouvoir, ces allégations sont une tentative délibérée de nuire à son honneur.

Les révélations de « L’Observateur » 
Cependant, les éléments de contexte rapportés par le quotidien L’Observateur apportent un éclairage nouveau et documenté sur les antécédents de l'officier. Selon ces informations, le parcours du colonel (alors capitaine) aurait été jalonné de rapports accablants :

Dès 1985 : Alors qu'il commande la 11e compagnie des Fusiliers-voltigeurs (Cfv) à Kédougou, plusieurs soldats portent plainte contre lui pour des histoires de mœurs. Un rapport du chef de cabinet du Chef d’État-major général des Armées (CEMGA) de l'époque déplorait déjà la légèreté des sanctions initiales.

La récidive de 1994 : En marge de la manœuvre « Ndiambour VII » à Tambacounda, de nouveaux faits sont signalés dans un hôtel de la place. Ces incidents, cumulés à d'autres témoignages de subordonnés, lui valent alors 45 jours d’arrêt de rigueur.

Des conséquences lourdes sur sa carrière militaire
Ces « avatars », comme les qualifie le rapport n°892/Emat du 2 décembre 1996, ont eu un impact direct sur son avancement. Sanctionné par la hiérarchie, notamment par le général Lamine Cissé, le capitaine Kébé a vu ses promotions bloquées :

 


Ajournement de grade : En 1997, il se voit refuser le grade de commandant malgré huit années d'ancienneté en tant que capitaine.

Avis d'éviction : Le 7 août 1997, le Directeur de la sécurité militaire va jusqu'à proposer son « élimination de l’Armée active » afin de protéger l'image de l'institution, suite à une nouvelle affaire où il aurait été mis en cause, semble-t-il, par son propre entourage familial.

Le verdict de 1999 : Le point de rupture
Le point d'orgue de ce dossier, et celui qui motive aujourd'hui la plainte, se situe au 24 août 1999. Selon les documents d'archives, l'affaire a été vidée par le Tribunal militaire après délibération. Le verdict mentionné fait état d'une condamnation à 15 mois de prison ferme avec mandat de dépôt.

Alors que Me Moussa Diop est déjà sous pression avec une convocation à la Sûreté urbaine pour une autre affaire, ce déballage de documents administratifs et judiciaires place le colonel Kébé dans une position complexe. La justice devra désormais trancher entre le droit à l'honneur invoqué par le plaignant et la véracité des faits historiques relatés par la presse et ses opposants.