Comment le divorce Diomaye-Sonko repositionne Macky Sall au centre du jeu politique sénégalais

EDITORIAL
Jeudi 9 Juillet 2026

Le Sénégal traverse un été 2026 marqué par un séisme institutionnel d'une ampleur inédite. Le mythe fondateur du tandem indissociable entre le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et Ousmane Sonko a définitivement volé en éclats, laissant place à une cohabitation brute et heurtée entre le Palais présidentiel et l’Hémicycle.


 
Alors que le chef de l’État vient de lancer sa propre formation politique et d’attaquer la majorité parlementaire devant la plus haute juridiction du pays, un troisième acteur, pourtant exilé, s'invite de manière spectaculaire au cœur de la crise : l'ancien président Macky Sall.
 
La guerre des tranchées pour le contrôle de l'État

 Ce divorce politique n'est plus une simple rumeur de couloir, mais une confrontation totale pour le contrôle des leviers de l'État.
 
 Limogé de la Primature en mai dernier, Ousmane Sonko a immédiatement investi le perchoir de l'Assemblée nationale pour en faire une citadelle d'opposition à l'exécutif. Ce schisme historique s'articule désormais autour de trois lignes de front majeures qui ébranlent l'appareil d'État.
 
Le premier affrontement est d'ordre juridique. Le recours d'urgence déposé le 6 juillet par le Président Faye, visant à faire invalider la loi de révision constitutionnelle n° 18/2026 votée le 29 juin par le PASTEF, démontre que le Palais est prêt à utiliser l'arme du droit pour paralyser les initiatives d'un Parlement devenu hostile.





 
Au même moment, une profonde guerre d'usure politique décime les rangs des cadres historiques du PASTEF. Des figures de première heure comme Fatou Kiné Diakhaté, le Directeur général du FAISE Khoureychi Thiam, ou encore Ndeye Fatou Mbodj, administratrice générale du FONGIP, ont choisi de rompre publiquement avec la direction du parti. En dénonçant le « messianisme » et l'autoritarisme de l'appareil législatif, ces hauts responsables actent leur ralliement au nouveau parti présidentiel naissant.
 
La réponse d'Ousmane Sonko à cette désertion des cadres ne s'est pas fait attendre. Le président de l'Assemblée nationale a immédiatement musclé son cabinet parlementaire en y nommant une dizaine de conseillers techniques spéciaux, opérant un recyclage quasi intégral des ministres de son ancien gouvernement que Bassirou Diomaye Faye avait limogés du pouvoir exécutif.

 
Le retour de Macky Sall ou le coup de théâtre diplomatique

 



C’est précisément dans ce contexte de polarisation extrême qu'intervient l'annonce du retour imminent de Macky Sall à Dakar. Si ce déplacement s’inscrit officiellement dans le cadre de sa campagne diplomatique internationale pour le poste de Secrétaire général des Nations Unies, le calendrier de ce retour confère à l'événement une résonance éminemment stratégique.
 
Les lignes bougent à une vitesse surprenante. Le 7 juillet 2026, le président Diomaye Faye a reçu au Palais le président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló, l'un des principaux parrains de l'ancien chef de l'État sur la scène internationale.
 
 Les discussions ont essentiellement tourné autour d’un soutien officiel et historique du Sénégal à la candidature de son ancien président pour le sommet des Nations Unies.
 
Pour l’Alliance pour la République (APR), ce retour physique couplé à cette réhabilitation diplomatique inattendue est du pain béni, permettant à la fois de remobiliser les troupes libérales et de repositionner l'ancien régime comme un recours face au chaos apparent de la transition actuelle.

Un axe Diomaye-Macky en gestation : Entre pragmatisme et péril politique




Cette configuration pousse les états-majors politiques à se poser une question cruciale : Bassirou Diomaye Faye cherche-t-il une alliance de revers avec Macky Sall pour neutraliser l'hégémonie d'Ousmane Sonko ?
 
L'analyse fine des faits valide l'existence d'une convergence d'intérêts tactiques, bien loin d'un mariage de raison idéologique.
 
En rompant avec le PASTEF pour créer sa propre structure, Diomaye Faye se retrouve temporairement dépourvu d'une assise parlementaire solide.
 
Un rapprochement feutré avec les députés libéraux et l'ancienne coalition Benno Bokk Yakaar devient une nécessité arithmétique absolue pour le Palais s'il veut s'épargner un blocage budgétaire systématique ou une motion de censure dévastatrice.
 
Ce rapprochement esquisse les contours d'un troc subtil où la paix intérieure s'échange contre du prestige international.
 



 En parrainant Macky Sall à l'ONU, le président Faye pose un acte de haute diplomatie qui le présidentialise fortement, renvoyant l'image d'un chef d'État magnanime, garant de la continuité républicaine et capable de dépasser les rancœurs.
 
En contrepartie, l'ancien président s'emploie à pacifier son opposition interne tout en mettant la précieuse culture d’État de ses cadres au service d’un pouvoir exécutif en quête de stabilité administrative.
 
Cependant, cette stratégie comporte un risque mortel de procès en trahison, qui constitue le principal frein à ce rapprochement.
 
 Le président Faye a été plébiscité sur une promesse stricte de rupture et de reddition des comptes. S'afficher de manière trop flagrante avec l'ancien régime offrirait sur un plateau d'argent à Ousmane Sonko le monopole exclusif du discours patriotique.
Les députés du PASTEF exploitent déjà cette brèche en l'accusant de reniement, et une alliance trop formelle avec l'APR transformerait rapidement cette critique en un réquisitoire populaire redoutable.

Le Sénégal s'est définitivement extrait du dualisme simpliste qui opposait le pouvoir et l'opposition en 2024 pour entrer dans une géométrie triangulaire complexe. Dans cette confrontation à trois bandes, le verdict imminent du Conseil constitutionnel sur la loi n° 18/2026 fera office de premier indicateur de force.
 
Si le Palais obtient gain de cause, le président Faye prouvera sa capacité à gouverner par la seule force des institutions, réduisant la marge de manœuvre d'Ousmane Sonko et rendant l'appui direct de Macky Sall moins indispensable, bien que toujours précieux dans l'ombre des calculs politiques.
 

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