L’ambiance était lourde ce jeudi dans la salle d'audience du Tribunal de Rabat. À l’énoncé des sentences — allant de trois mois à un an de prison ferme pour hooliganisme et jets de projectiles — la tension a atteint son paroxysme, provoquant le malaise d’un prévenu. Pour ces « Lions » de la tribune, la fête de la CAN 2025 s'est définitivement muée en un séjour carcéral prolongé en terre marocaine.
L’appel au « No Man Left Behind »
Face à cette sévérité, les voix s’élèvent au Sénégal pour réclamer une intervention au plus haut sommet de l’État. Yoro Dia, ancien ministre-conseiller, a lancé un appel vibrant sur le réseau social X, interpellant directement le président Bassirou Diomaye Faye.
S’appuyant sur les exemples récents de la grâce obtenue par la France pour l'écrivain Boualem Sansal en Algérie ou celle d'un député malien en Côte d’Ivoire, il invoque la doctrine du « No man left behind » (On n'abandonne personne). Pour Yoro Dia, l'enjeu n'est pas de heurter la souveraineté marocaine, mais d'activer la diplomatie de proximité.
La Grâce Royale : L’unique porte de sortie ?« Il ne s'agit pas de contester la justice marocaine, mais de mobiliser le levier de la diplomatie personnelle pour solliciter une grâce royale », plaide l'ancien coordonnateur de la communication présidentielle.
Le Forum du justiciable, par la voix de son président Babacar Ba, a rejoint ce concert d’appels, exhortant Dakar à un déploiement diplomatique immédiat. Dans le système constitutionnel marocain, la grâce est une prérogative exclusive du Roi Mohammed VI. Elle permettrait à Rabat de clore ce chapitre sans désavouer son système judiciaire, tout en préservant l'excellente relation bilatérale avec Dakar.
Ce dossier place le président Diomaye Faye dans une position délicate. Il y a quelques jours encore, le chef de l’État sénégalais exprimait sa « gratitude » envers le Souverain chérifien pour l’accueil réservé aux Lions et à leurs supporters. Aujourd'hui, ce discours de fraternité se heurte à la réalité froide des barreaux.
Le silence officiel de Dakar commence à peser face à la détresse des familles. Si les relations entre les deux pays sont historiquement solides, la gestion de cette crise sera un test majeur pour la « diplomatie de rupture » du nouveau régime. Saura-t-il obtenir par le dialogue ce que la défense n'a pu obtenir au tribunal ?