Nouveau rebondissement retentissant au sein de la plus grande institution universitaire du Sénégal. Le tribunal des référés a statué ce lundi 28 septembre 2026 dans le différend financier et juridique opposant l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) à trois de ses anciens étudiants de la Faculté des Sciences Économiques et de Gestion (FASEG).
L'addition financière s'annonce historique : le rectorat est condamné à leur verser la somme de 5 milliards de francs CFA au titre de la liquidation provisoire d'une astreinte judiciaire.
Rappel des faits : une exclusion litigieuse en 2016 et le désaveu de la Cour suprême
Pour comprendre la lourdeur de cette sanction financière, il faut remonter dix ans en arrière:
À la suite de vagues de contestation et de troubles sur le campus social et académique, les autorités universitaires de l'époque décident de sanctionner lourdement plusieurs leaders étudiants, dont Aliou Gningue, Cheikh Tidiane Diop et Mamour Diongue, en prononçant leur exclusion de la FASEG.
Estimant la mesure arbitraire et viciée sur le plan de la procédure, les trois étudiants engagent un bras de fer judiciaire contre l'UCAD devant la Cour suprême.
Donnant raison aux requérants, la Cour suprême annule la décision d'exclusion et ordonne à l'université de procéder à leur réintégration immédiate. Pour contraindre le rectorat à exécuter sa décision, la haute juridiction assortit son arrêt d'une astreinte financière particulièrement dissuasive : 10 millions de francs CFA par jour de retard.
La décision du juge des référés : un compteur judiciaire fixé à 5 milliards FCFA
Malgré l'injonction de la Cour suprême, l'UCAD n'a pas matérialisé la réintégration effective des trois étudiants concernés, laissant le compteur des pénalités tourner au fil des années.
Saisi par les conseils des trois anciens étudiants pour faire valoir leurs droits, le tribunal des référés a procédé ce 28 septembre à la liquidation provisoire de cette astreinte :
| Élément du jugement | Détails retenus par le tribunal |
|---|---|
| Période de calcul | Du 17 juin 2022 au 10 septembre 2026. |
| Pénalité quotidienne | 10 000 000 FCFA par jour de retard non exécuté. |
| Montant total liquidé | 5 000 000 000 de francs CFA à verser aux requérants. |
| Modalité d'exécution | Le juge n'a pas ordonné l'exécution sur minute de la décision. |
L'absence d'exécution sur minute constitue une nuance juridique d'importance : elle offre un répit procédural à l'UCAD, évitant une saisie immédiate des comptes universitaires et ouvrant la voie à d'éventuels recours ou à une négociation de gré à gré entre les parties.
Un choc budgétaire et un rappel à la responsabilité administrative
Cette condamnation financière d'une ampleur inédite frappe l'UCAD à un moment où les finances des universités publiques sénégalaises sont sous forte tension. La perspective d'un prélèvement de 5 milliards de francs CFA représente une menace directe sur le fonctionnement opérationnel et les investissements pédagogiques de l'institution.
Au-delà de l'aspect pécuniaire, cette affaire remet en lumière le coût du non-respect des décisions de justice par les autorités administratives, érigeant le dossier d'Aliou Gningue, Cheikh Tidiane Diop et Mamour Diongue en jurisprudence majeure pour le droit des étudiants au Sénégal.
