Convention ACCI (2020) : Me El Hadji Omar Youm démonte « la réécriture tendancieuse de l’histoire » par la SOGEPA

POLITIQUE
Lundi 29 Juin 2026

La bataille des récits fait rage autour du foncier et de l'investissement privé au Sénégal. Face aux récentes sorties de la Société de gestion du patrimoine bâti de l'État (SOGEPA) concernant la renégociation en 2026 du projet Dak Tower, l’ancien ministre et membre du Secrétariat exécutif national de l’APR, Me El Hadji Omar Youm, est monté au créneau pour rétablir « la vérité des faits ».


Dans une tribune d'une grande fermeté, l'avocat et responsable politique dénonce une tentative de manipulation politique visant à faire passer la convention signée en 2020 avec la société ACCI (African Company for Construction and Investment) pour un accord léonin et sans contrepartie pour l’État.

Les origines d'un blocage de dix ans imputable à l'État

Me El Hadji Omar Youm rappelle d'emblée qu'ACCI est une société de droit sénégalais, titulaire depuis 2003 d’un bail régulier à Rebeuss, dont le projet « Cité des Affaires KAWSARA » avait été officiellement agréé par l’APIX en 2011.

Pourtant, pendant près d’une décennie, l'investisseur — qui avait déjà injecté près de 15 milliards de francs CFA — a été empêché de jouir de son terrain en raison de contraintes exclusivement imputables à la puissance publique :
 
L'attachement populaire : Le terrain abritait le seul stade de quartier des populations de Dakar-Plateau. L'aménagement urbain : L’État devait élargir l’avenue Malick Sy, impactant l’emprise de la mosquée Omarienne. L'inertie administrative : Les avantages fiscaux promis conventionnellement depuis 2011 n’ont jamais été appliqués. « Juridiquement, le bailleur public était tenu d’assurer au preneur une jouissance paisible du bien loué. Cette obligation essentielle n’ayant pas été respectée, ACCI pouvait traîner l’État devant les tribunaux arbitraux nationaux et internationaux. »

La convention de 2020 : Un échange de foncier parfaitement équilibré

Loin d'être une « faveur » ou une « libéralité », la convention du 12 juin 2020 constituait un règlement transactionnel visant à prémunir l’État d'un risque financier majeur.

L'ancien ministre détaille les contreparties, d'ailleurs enregistrées au Bureau de Recouvrement de Dakar-Plateau :
Ce que l'État a récupéré : Un foncier stratégique de 15 000 $m^2$ à Rebeuss pour maintenir le stade des jeunes, offrir 3000 m2 d'extension à la Grande Mosquée Omarienne et créer une voie publique de 10 mètres. Ce que l'État a cédé en échange : Un terrain de substitution de 10 000 m2 sur la Corniche Ouest. Pour Me Youm, l'État y a gagné sur tous les plans : réalisation d'équipements publics, sécurisation de l'investissement privé, évitement d'un contentieux coûteux et préservation de la crédibilité de la parole publique.

2026 : Vers l'exploitation de la fragilité d'un partenaire contractuel ?

Déplaçant le curseur du débat, l'ancien ministre invite à analyser de plus près la nature de la renégociation menée en 2026 par le nouveau régime autour du projet Dak Tower.

Profitant des difficultés financières temporaires de l'investisseur, la nouvelle convention aurait acté la cession à l'État d'appartements évalués à près de 15 milliards de francs CFA.

La contrepartie obtenue par le privé ? Une simple promesse de « visibilité » et d'« accompagnement ». Me El Hadji Omar Youm s'interroge ouvertement : s'agit-il d'une correction d'un déséquilibre ou plutôt de l'exploitation pure et simple de la faiblesse économique d'un partenaire de l'État ?

Un plaidoyer pour la sécurité juridique et la continuité de l'État

Au-delà de ce cas d'espèce, l'analyse pose la question fondamentale de l'attractivité économique du Sénégal. Me Youm avertit les nouvelles autorités contre la tentation de détricoter les engagements contractuels au gré des alternances politiques.

« La crédibilité internationale d’un pays se construit sur la stabilité de ses engagements. Les investisseurs recherchent la prévisibilité. Ils hésitent lorsque chaque alternance politique conduit à réécrire l’histoire administrative et contractuelle du pays. »

L'ancien ministre conclut en rappelant que le développement du Sénégal ne se fera pas par des « procès rétrospectifs » ni par des « communiqués partisans », mais par le respect scrupuleux de la parole donnée par l'État, quelle que soit la couleur politique du moment.