Dette cachée: L'enseignant-chercheur Ousmane Bèye prend le contrepied de Sonko et appelle a une restructuration

ECONOMIE
Lundi 12 Janvier 2026

Le débat sur la trajectoire de la dette publique du Sénégal s’invite au cœur de l’actualité économique. En conférence de presse conjointe à Dakar avec son homologue mauritanien, en visite de travail, le Premier ministre Ousmane Sonko a clairement rejeté l’hypothèse d’une restructuration de la dette. Une position qui n’a pas tardé à susciter des réactions, notamment celle de l’enseignant-chercheur Ousmane Bèye, qui estime au contraire qu’une restructuration, accompagnée si besoin par le Fonds monétaire international (FMI), est devenue incontournable.

Intervenant sur les ondes de la radio privée RFM, dans l’émission “Remue-ménage”, Ousmane Bèye a défendu une lecture alarmante du risque que fait peser l’endettement sur la stabilité financière. À ses yeux, la marge de manœuvre du pays se rétrécit, d’autant que, souligne-t-il, une part importante de la dette est portée par le système bancaire. Il affirme que « 42% de notre dette provient des banques », et avertit que ces établissements pourraient durcir leurs conditions de financement si la capacité du Sénégal à honorer ses engagements venait à être questionnée.

Dans son argumentaire, l’enjeu dépasse les seules finances de l’État : en raison de l’interconnexion bancaire et de l’appartenance du Sénégal à l’UEMOA, toute tension sur une grande banque pourrait, selon lui, fragiliser l’ensemble de l’écosystème. Dans la même veine, il dit craindre une « crise systémique » au niveau régional et anticipe, à défaut de rupture, un renchérissement du crédit, avec des taux d’intérêt plus élevés et un accès plus coûteux aux ressources.

Ces propos tranchent avec la ligne gouvernementale affichée par Ousmane Sonko. Interrogé sur la situation financière du pays, notamment par une journaliste de RFI, le Premier ministre a remis sur la table la question d’une « dette cachée » héritée de l’ancien régime, assurant que cette réalité serait désormais reconnue par les institutions nationales comme par les partenaires internationaux, et que « toutes les conséquences de droit » en seront tirées.

Il a décrit une situation qu’il juge très dégradée, évoquant une dette publique atteignant 119 % du PIB et un déficit budgétaire avoisinant 13 %, des niveaux qu’il qualifie de quasi catastrophiques pour un pays en développement.

Pour autant, l’exécutif exclut l’option d’une restructuration. Le chef du gouvernement affirme que la dette reste « viable » au motif que le Sénégal continue d’honorer ses échéances, depuis environ un an et demi, sans apport extérieur additionnel, notamment grâce au marché financier régional.

Son approche mise sur un plan de redressement économique et social, adossé à une politique de rationalisation budgétaire, censée restaurer progressivement les équilibres tout en préservant la souveraineté économique. Dans sa communication, le Premier ministre met en avant un premier résultat chiffré : des réformes qui auraient permis de dégager 960 milliards de FCFA additionnels dans le budget 2026, avec une montée en puissance attendue à partir de 2027.

Dans ce cap assumé, l’exécutif insiste sur la dimension sociale et politique de l’effort à venir. Ousmane Sonko appelle à une mobilisation interne, affirmant que « c’est le peuple sénégalais qui doit faire face à cette situation », comprendre les sacrifices et soutenir le plan de redressement, avant d’envisager tout recours à d’autres partenaires. Le gouvernement soutient ainsi qu’un surcroît de recettes et d’économies, estimé à près de 960 milliards de FCFA, doit permettre d’assurer le service de la dette sans passer par une restructuration.

Au final, deux visions s’opposent. D’un côté, une stratégie gouvernementale qui privilégie l’assainissement interne, la rationalisation des dépenses et le financement régional, avec pour ligne rouge la restructuration. De l’autre, une lecture plus prudente, portée par Ousmane Bèye, qui estime qu’une restructuration encadrée et un accompagnement du FMI pourraient être nécessaires pour éviter un resserrement du crédit et un choc sur le système bancaire. Au-delà des postures, la question centrale reste celle du tempo : le plan de redressement sera-t-il assez rapide pour restaurer la confiance des marchés et du secteur bancaire, ou le Sénégal devra-t-il ouvrir, malgré tout, le débat sur une réorganisation de son profil d’endettement ?