Divergences Sonko- Diomaye sur le TER: Pourquoi le contrat de la SNCF n'est toujours pas renouvelé deux mois après l'échéance

ECONOMIE
Jeudi 16 Avril 2026

Contrat expiré : Depuis le 15 février 2026.

Facture en hausse : 32 milliards de FCFA de compensation demandés par l'opérateur.

Arbitrage : Le Président privilégie la continuité pour sécuriser les JOJ 2026.


Le renouvellement du contrat de concession du Train Express Régional (TER), expiré depuis le 15 février dernier, est au cœur d'un bras de fer entre la Primature et la Présidence.

Si les partisans d'Ousmane Sonko poussent pour une « sénégalisation » de la gestion, le Président Bassirou Diomaye Faye, soucieux de la réussite des JOJ 2026, semble privilégier la stabilité de l'expertise française.

Dakar est plongée dans un paradoxe ferroviaire. Alors que les rames bleues du TER continuent de transporter quotidiennement des milliers de Sénégalais entre Dakar et Diamniadio avec un succès populaire indéniable, l’avenir de son exploitation est suspendu à d'arbitrages politiques de haute volée. Deux mois après l'échéance du contrat de concession, le brouillard persiste.
  Un gouffre financier qui s'alourdit  

Au cœur du litige, les chiffres donnent le tournis. La compensation due par l’État pour combler le déficit d’exploitation, initialement estimée à 18 milliards de FCFA par an, aurait bondi pour atteindre désormais 32 milliards. Un montant colossal qui s’ajoute aux 120 milliards de dividendes que les actionnaires doivent se partager au titre des trois premières années d’exercice.

Cette situation est l'héritage d'un contrat négocié sous l'ancien régime, où la réduction de la durée de concession (de 5 à 3 ans) s’est traduite par une exigence de rentabilité immédiate accrue de la part du partenaire français, la SNCF (via sa filiale SETER).
 
 
Le choc des ambitions : Souveraineté vs Sécurité  

Deux lignes de force s'affrontent aujourd'hui au sein de l'exécutif . Portée par le ministère des Transports, sous l'influence du Premier ministre Ousmane Sonko, cette ligne prône une rupture avec le partenaire français. Des cadres sénégalais au sein de la boîte font un lobbying intense, affirmant que l'expertise nationale est désormais prête à prendre les commandes.

L'idée : transformer le TER en un symbole achevé de la souveraineté économique. Face à cette pression, le Président Bassirou Diomaye Faye joue la carte de la prudence. Avec l'approche des Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ Dakar 2026), dont le TER est le poumon logistique, le Chef de l'État redoute le moindre « couac » technique.

Pour lui, un changement de gestionnaire à la veille d'un tel rendez-vous international et alors que le prolongement vers l'aéroport de Diass est imminent, relèverait d'une « aventure » risquée.
 
 
Le statu quo en attendant Diass  

L'option d'un appel d'offres international, un temps évoquée pour mettre la SNCF en concurrence, semble s'être enlisée dans les méandres de la bureaucratie. Résultat : la SNCF continue d'opérer dans un vide contractuel, forte d'une expertise technique que le Palais juge, pour l'heure, irremplaçable pour garantir la sécurité et la ponctualité.

Le régime de la "Rupture" se retrouve ainsi face à son premier grand dilemme d'infrastructure : satisfaire la base électorale en chassant l'opérateur historique français, ou garantir la vitrine technologique du pays lors de son plus grand événement sportif mondial.

Pour l’instant, le rail sénégalais semble condamné à un compromis fragile. Reste à savoir jusqu’à quand les finances publiques pourront supporter une compensation de 32 milliards sans que le contrat ne soit profondément renégocié.