Dr Seydi Diamil Niane : « Elhadji Malick SY, chantre du Prophète, initiateur du bourd et vulgarisateur du Gamou »

RELIGION
Jeudi 8 Novembre 2018

« Je n’ai commis aucun acte qui me permettrait de Te rencontrer, ô Toi mon Désir. Si ce n’est d’aimer, de glorifier et de me soumettre à Ton Prophète »


Ce seul vers, extrait du Khilas al-Dhahab de Mawdo, suffit pour mesurer la place que le Prophète occupe dans l’œuvre du Sage de Tivaouane. Le Prophète est une Voie, l’aimer, faire son éloge et chanter ses mérites constituent un cheminement initiatique tracé par Cheikh Elhadji Malick SY. 

L’éloge du Messager tire sa source du texte coranique lui-même. Nombreux sont les versets qui louent le Prophète. Le plus connu est : « tu es certes d’un noble caractère. » Si Dieu, Lui-même, glorifie le Prophète, à quoi sert notre glorification alors ? C’est une question que se posait Elhadji Malick Sy dans le but de dire que celui qui loue le Messager en bénéficiera lui-même : 
« Pourquoi cherchons-nous à louer l’Élu de Dieu 
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Alors que ce dernier l’a joliment glorifié ? » 
Dans ses éloges de l’Envoyé, Elhadji Malick Sy a tendance à se servir de la méthode classique qui consiste à commencer par le nasîb, un « prologue amoureux. » Dans ce prologue, Mawdo met en scène une femme qui attire son attention et à laquelle il déclare son amour le plus profond. Mais il finit toujours par se rendre compte, en découvrant le véritable amour, que la passion qu’il vouait à cette femme imaginaire n’était pas plus qu’une illusion mondaine ayant pour but de détourner l’amant du véritable amour, à savoir celui du Prophète. De ce fait, Elhadji Malick montre que seul l’amour du Messager est digne de ce nom. 
Parmi les noms de femmes qu’Elhadji Malick Sy évoque, on peut citer Da‘d et Su‘dâ. Dans son Riyy al-zam’ân, notre poète a raillé Da‘d « symbole des fausses amours qui chagrinent le cœur de l’amant. Il finit par lui dire que les meurtrissures du cœur et les lacérations sont apaisées par l’amour du Prophète. 1 » Il dit en mètre wâfir : 
« Au moment où ton océan d’amour est rempli d’impuretés 
Sache que celui du Prophète est d’une pureté absolue. » 
(adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({}); Commentant le vers que nous venons de citer, Bakary Sambe souligne que : «  usant de la métaphore d’une étrange bien-aimée qui ne cherche que la perte de l’amant usurpé, Maodo veut nous enseigner que seule vaut d’être vécue la vie guidée par l’amour du Prophète par déférence à son inégalable statut. Dans le style que Cheikh El Hadji Malick déploie tout au long de cette Qacîda, le Prophète Muhammad (PSL) est cet irremplaçable refuge après l’errance, le réconfort des damnés, des déçus de l’Ici-bas, l’espérance des désespérés, en somme, la seule source abreuvant les assoiffés du Vrai Amour 2 » 
Dans un autre poème d’Elhadji Malick Sy, c’est au tour de Su‘dâ de connaître le même sort que Da‘d. Il dit en mètre baṣîṭ : 
« Ô combien de fois tu as trahi une promesse en laquelle je croyais ! 
Qu’est-ce qu’elle est sale cette habitude consistant à ne pas tenir ses promesses ! 
Et si telle est toujours ton habitude, ô chère amie, 
Alors je te dis au revoir et sois en paix. » 

Tout comme Da‘d, Su‘dâ a laissé sa place à l’amour du Prophète qui sera désormais, dira Elhadji Malick Sy, le seul qui bénéficiera de ses éloges. Nous retrouvons ici ce qui est appelé, dans la terminologie soufie, l’extinction en l’Envoyé de Dieu, al-fanâ’ fi al-rasûl. C’est en mètre basîṭ que Mawdo l’exprime : 
« Tel un homme à jeun, je m’abstiens absolument de tout autre que lui 
(adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({}); Et c’est par son éloge que je commence mon jeûne que je romps par son amour. » 

L’amour du Prophète, qui se caractérise ici par son éloge, est quelque chose de fondamental dans la voie soufie en général et dans la doctrine de la Tijâniya en particulier. Elhadji Malick Sy respecte la règle du jeu. 
Le Sage de Tivaoun est aussi le vulgarisateur du Gamou. N’est-il pas coutume d’associer le Gamou à la ville sainte de Tivaoun ? L’importance qu’Elhadji Malick Sy accordait à cet événement est très connue. D’ailleurs, d’après l’affirmation d’Elhadji Ravane Mbaye, Elhadji Malick Sy aurait été parmi les premiers à introduire le Gamou au Sénégal. Dans cette occasion, les disciples de Mawdo répondent à l’appel de leur maître qui leur disait en mètre ṭawîl : 
« Pour la quête des grâces divines, célébrez la nuit du mawlid 
Seulement si cette célébration ne vous pousse pas vers l’interdit » 

Que s’est-il vraiment passé la nuit de la naissance du Prophète ? Le jour où la Lumière primordiale, comme aiment le dire les soufis, a pris corps pour que le mawlid mérite d’être célébré? Beaucoup de légendes sont relatées dans les hagiographies du Prophète. Elhadji Malick Sy en parle en mètre basîṭ : 
« En provenance d’êtres invisibles, l’annonce de la 
Bonne nouvelle de la naissance s’est répercutée partout. 
À sa naissance, s’effondrèrent les idoles et se 
(adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({}); Déclenchèrent les météores jetant aux Djinns des projectiles. 
Les colonnes des palais des rois furent ébranlées ainsi que les 
Fondations de la Kaaba, trois jours durant sans interruption. 
Elle s’inclina sur ses angles jusqu’à se prosterner 
Afin d’honorer celui qui mérite égard et respect. 
À sa naissance, le mortier vola en éclats 
Cette destruction fut mystérieuse pour tout son peuple. 
Les balcons du Sanctuaire s’effondrèrent, la Grande 
Salle de Chosroês se détruisit, l’eau sécha et le feu s’éteignit 3» 
Ancré dans la tradition muhammadienne, abreuvé par sa Lumière, perdu dans l’amour du « Bien-Aimé de Dieu », Elhadji Malick Sy, chantre du Prophète, a chanté sa gloire de manière remarquable. Vulgarisateur du Gamou et initiateur du bourd, il a perpétué, à jamais, les souvenir du Messager de Dieu dans la conscience des musulmans. 
Que le Mawlāya Salli illumine le Sénégal en ces moments de Bourd 
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Dr Seydi Diamil Niane 
Chargé de Recherche à Timbuktu Institute 
Auteur de « La voie d’intercession du Prophète dans la poésie d’Elhadji Malick Sy, l’Harmattan, 2016. » 

1 Abdoul Aziz Kébé, Serigne Abdoul Aziz Sy Dabbâkh : itinéraire et enseignements, Dakar, L’Harmattan-Sénégal, 2010, pp.116-117. 
2 http://bakarysambe.unblog.fr/2010/02/21/sabreuver-a-la-source-du-prophete-ou-la-nuniya-de-cheikh-el-hadji-malick-sy/. [Consulté le 4 février 2015]. 
3 Nous avons adopté la traduction d’Elhadji Ravane Mbaye. Cf., Elhadji Malick Sy, Khilâsou Dhahab : l’Or Pur sur la vie du Prophète, op.cit., p. 24. (adsbygoogle = window.adsbygoogle || []).push({});