Coprésidant la Table ronde des partenaires pour l’accès universel à l’électricité aux côtés du ministre de l’Énergie et du Pétrole, le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, a fixé les nouvelles conditions de l'État : fin du recours massif aux emprunts commerciaux, recherche de financements hautement concessionnels, mobilisation accrue du secteur privé national et respect strict de la soutenabilité de la dette. Un tournant stratégique au service de la « Vision Sénégal 2050 ».
Un bilan probant, mais un défi financier de 400 milliards FCFA pour le « dernier kilomètre »
Placée sous le thème « Accélérer l’accès universel à l’électricité au Sénégal : des engagements aux résultats », la rencontre a été l'occasion pour le ministre Cheikh Diba de dresser le bilan des efforts consentis. Depuis la Table ronde de 2021, près de 237 milliards de francs CFA ont été mobilisés, portant le taux national d’accès à l’électricité à 86,2 % en 2024. Au total, depuis 2018, dix-huit conventions de financement ont été conclues dans le secteur énergétique pour un montant cumulé dépassant 670 milliards de francs CFA, grâce au concours de bailleurs majeurs (Banque mondiale, BAD, AFD, Union européenne, BOAD, BEI, BID, Allemagne).
Toutefois, le gouvernement avertit que la phase la plus complexe commence. Selon la Stratégie d’achèvement de l’accès universel, 400 milliards de francs CFA sont encore nécessaires pour électrifier plus de 6 400 localités restantes d'ici 2029. S'agissant des zones les plus isolées et les moins peuplées du territoire, le coût unitaire de chaque raccordement s'avère particulièrement élevé.
Cadrage macroéconomique : Dette maîtrisée et assainissement budgétaire
Le ministre de l’Économie a directement adossé la concrétisation de cette ambition énergétique aux impératifs d'assainissement des finances publiques. L'État affiche une trajectoire de réduction nette de son déficit budgétaire, mesuré à 13,4 % du PIB en 2024 et projeté à 6,4 % en 2025.
Ce redressement s’appuie notamment sur l’accord technique du 1er septembre avec le FMI. Un programme de 36 mois au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC) d’un montant d’environ 2,2 milliards de dollars (plus de 1 244 milliards FCFA), suspendu à la validation finale du Conseil d'administration du Fonds. Il repose sur la mobilisation des recettes fiscales intérieures, la maîtrise des dépenses et le ciblage progressif des subventions énergétiques vers les ménages défavorisés.
Une enveloppe de 300 milliards de francs CFA sera décaissée d’ici la fin de l’année 2026 pour apurer les arriérés dus au secteur privé.
Les quatre orientations de la nouvelle doctrine gouvernementale« Chaque engagement pris à cette Table ronde devra être soutenable, exécutable et cohérent avec ces cadres », a fermement rappelé Cheikh Diba aux bailleurs.
Pour transformer les intentions de financement en résultats concrets, le gouvernement sénégalais a décliné quatre directives majeures :
Accélérer le rythme de décaissement des reliquats existants et lever sans délai les verrous opérationnels qui ralentissent les chantiers sur le terrain.
Alors que plus de la moitié des montants signés depuis 2018 provenaient de banques commerciales, l'Exécutif veut stopper cette dépendance. Dorénavant, seuls les dons, prêts hautement concessionnels et financements mixtes présentant un faible impact sur la dette publique seront retenus.
Conformément au Code de l’électricité de 2021 et au nouveau Code des investissements de 2025, l'État appelle le patronat local à investir dans les concessions rurales, mini-réseaux et kits solaires individuels. Pour soutenir cet élan, le Code 2025 prévoit la suspension de la TVA, l'exonération des droits de douane en phase d'investissement, des crédits d'impôt à l'exploitation et des avantages fiscaux portés à 5 ans hors des régions de Dakar et Thiès.
Ce dispositif est accessible dès 15 millions FCFA d'investissement avec un agrément délivré sous 10 jours ouvrables. En contrepartie, le privé devra s'engager sur la création d'emplois locaux, la sous-traitance avec les PME sénégalaises et le transfert technologique.
Chaque promesse de financement devra préciser un instrument, un montant, une date de signature et un calendrier de premier décaissement, sous le couvert d'une reconnaissance mutuelle des procédures de passation de marchés pour raccourcir les délais d'exécution.
En plaçant l'accès universel à l'énergie au cœur de la Vision Sénégal 2050, le gouvernement réaffirme sa volonté de concilier souveraineté énergétique et orthodoxie financière, renvoyant la balle dans le camp des partenaires techniques et financiers.