Héritage politique de Senghor et de Wade bradé

POLITIQUE
Samedi 17 Aout 2019

Le Parti Démocratique Sénégalais (PDS) et le Parti Socialiste (PS) renouent avec les vieux démons. Ces deux partis traditionnels, qui ont connu pouvoir et opposition, traversé les âges, se sont surtout forgés en survivant à des crises multiples. Aujourd’hui, ils entrent à nouveau dans un cercle vicieux avec une série de crises à l’interne. Mais dans le contexte politique actuel où on assiste à une régénérescence politique, une telle situation risque d’affaiblir profondément ces appareils politiques et d’hypothéquer les legs laissés par leurs fondateurs.

Désagrégation interne ! C’est le terme qui résume le plus la situation au Parti Socialiste (PS) et au Parti démocratique sénégalais (PDS). Bien que présentant des idéologies différentes, l’une se revendiquant de la gauche et l’autre du libéralisme, ces deux formations politiques partagent cependant pratiquement les mêmes modes de gestion et de dévolution du pouvoir. Après des décennies d’existence, les partis de Léopold Sédar Senghor et d’Abdoulaye Wade vivent toujours des tares congénitales.

L’un après l’autre et aujourd’hui concomitamment, le PDS et le PS traversent des tensions relatives à la succession. La preuve, après la publication de la composition du nouveau secrétariat national du Pds, de nombreux responsables libéraux sont sortis de leur réserve pour renoncer à leur poste.
Tour à tour, Me Amadou Sall, Babacar Gaye, Alinard Ndiaye et Aminata Sakho ont tous craché sur leurs nouvelles fonctions et ont refusé de faire partie du «Gouvernement» nommé par Wade. Même s’ils n’ont pas démissionné du PDS, une telle posture est révélatrice du malaise dans la formation libérale. Un parti désormais sous les ordres de «Wade-fils». Si les Karimistes sont revenus en force dans la nouvelle configuration, il faut noter que le PDS originel a toutefois pris un sacré coup avec la mise à l’écart de certains «fidèles des fidèles» d’Abdoulaye Wade.

Des gens qui ont toujours combattu auprès de Wade et qui, durant l’emprisonnement de Karim Wade, ont porté le combat et sont même allés en prison pour lui. Ces néo frustrés estiment que les choix de Me Wade traduisent un mépris inqualifiable à leur endroit et pointent du doigt Karim Wade qu’ils considèrent comme l’unique et le principal responsable de la situation que traverse le Pds.
En bannissant le maire de Dagana, Oumar Sarr, pour avoir participé contre sa volonté au Dialogue national initié par le Président Macky Sall, Abdoulaye Wade a favorisé, sans le vouloir, un élan de solidarité en faveur de son ancien secrétaire général adjoint. Du côté des Karimistes et du nouvel état-major libéral, ceux qui aujourd’hui refusent ces postes se comportent ainsi parce qu’ils ne sont pas rémunérés. La réalité, c’est que le PDS est divisé et atteint au plus haut point.
Et si l’hémorragie n’est pas stoppée, il lui sera difficile de se relever. Similitudes entre le PDS et le PS Pour le Parti socialiste (PS), la situation est tout aussi compliquée. Pour des questions de vision politique, les camarades socialistes s’étaient entre-déchirés depuis des années.

Les dissidences avaient déjà affaibli la formation verte bien avant le décès d’Ousmane Tanor Dieng. Ce dernier, fidèle à Macky Sall, tenait à accompagner ce dernier dans sa volonté d’obtenir un second mandat. Khalifa Sall et Cie ne voulaient pas l’entendre de cette oreille. Pour eux, il était hors de question que le PS soit absent d’une échéance comme la présidentielle.

Cette divergence de vues avait débouché sur l’exclusion des Khalifistes et de leur mentor du Ps. Une exclusion toujours rejetée par ces derniers qui continuent de se revendiquer comme des socialistes et des héritiers de Senghor. Avec la disparition d’OTD, la situation est devenue plus complexe. En effet, en plus de la volonté des Khalifistes d’introniser l’ancien maire de Dakar, des divergences de vues sont également notées chez les Tanoristes.

Si le chargé des élections des «Verts», Serigne Mbaye Thiam, pense qu’Aminata Mbengue Ndiaye «doit exercer la plénitude des fonctions de secrétaire général» en tant que première adjointe, le secrétaire national aux questions juridiques, Me Moustapha Mbaye, lui, souligne «un vide juridique» dans ce sens. Selon l’avocat, les textes du Ps ne prévoient pas le remplacement simultané du SG par son adjoint en cas de décès. Ce qui crée une confusion dans la dévolution du pouvoir. Qui plus est, de nombreux caciques du parti sont aujourd’hui intéressés par la présidence de la formation verte. Ce qui a déjà ouvert un jeu d’intérêts.

Juste après la disparition de Ousmane Tanor Dieng, d’aucuns ont voulu faire de Serigne Mbaye Thiam son successeur légitime. Mais on se rend compte que d’autres proches de l’ancien président du Haut Conseil des Collectivités Territoriales sont aussi intéressés que Serigne Mbaye Thiam pour le poste.
Déjà, le porte-parole et maire de Kaffrine Abdoulaye Wilane n’a cessé, depuis la Mecque, de prier et de réitérer son ambition de diriger le PS. Aujourd’hui, l’impérieuse équation est de savoir si les socialistes vont procéder aux retrouvailles voulues par OTD avant de procéder au choix de son successeur? A défaut, l’organisation d’une dévolution du pouvoir entre «Tanoristes» risque de plonger le PS dans un avenir incertain.

L’As