Le tribunal correctionnel de Dakar relaxe Samuel Sarr et déboute Cheikh Amar

JUSTICE
Jeudi 9 Juillet 2026



Le Tribunal correctionnel de Dakar a rendu, ce jeudi 9 juillet 2026, son délibéré dans le dossier opposant l’ancien ministre de l’Énergie, Samuel Sarr, à l’homme d’affaires Cheikh Amadou Amar, mettant un terme à plusieurs années de procédure judiciaire.


Ce contentieux, dont les faits sous-jacents remontent à plus d'une décennie, cristallisait une opposition frontale autour d'une somme de deux milliards de francs CFA. Dans sa décision, la juridiction a prononcé la relaxe pure et simple de l'ancien ministre, tout en déboutant le plaignant de ses demandes financières.


Genèse d'un affrontement de plus de dix ans


L’affaire avait officiellement pris une tournure judiciaire le 15 octobre 2021 avec le dépôt d’une plainte pour abus de confiance par le patron du holding TSE, Cheikh Amar. Ce dernier affirmait avoir remis, entre 2013 et 2014, deux milliards de francs CFA à Samuel Sarr.

Selon sa version, cette somme était un don destiné à soulager les difficultés financières de l'ancien président de la République, Abdoulaye Wade. L'homme d'affaires reprochait à l'ex-ministre de ne jamais lui avoir transmis les décharges attestant de la remise effective des fonds à l'ancien chef de l'État, une omission dont il disait avoir été informé plus tard par Me Wade lui-même.
Face à ces accusations, Samuel Sarr a toujours contesté la qualification des faits.


Devant le tribunal, l'ancien ministre a soutenu que cet argent ne constituait pas un don personnel, mais représentait plutôt le remboursement partiel d'une dette globale de 7,9 milliards de francs CFA que Cheikh Amar aurait contractée auprès d'Abdoulaye Wade. Affirmant avoir agi sous le mandat exprès de l'ancien président pour recouvrer cette créance, Samuel Sarr avait contre-attaqué sur le terrain judiciaire en poursuivant l'homme d'affaires pour faux et usage de faux en écriture de commerce ou de banque, ciblant une décharge qu'il qualifiait de falsifiée.


Les débats à la barre et la position du parquet


L'instruction à l'audience, notamment lors d'une session spéciale tenue le 30 avril, a mis en évidence la profonde divergence entre les deux parties. En l'absence de Cheikh Amar, excusé pour des raisons médicales, Samuel Sarr s'est employé à démontrer sa bonne foi en versant au dossier des échanges de courriels avec Karim Wade ainsi qu'un tableau de répartition des fonds.


La défense a également produit le mandat de recouvrement signé par l'ancien président, insistant sur le fait que Me Abdoulaye Wade ne s'était jamais plaint d'un quelconque détournement. En réplique, la partie civile avait qualifié ces éléments de documents fantômes, maintenant sa demande de trois milliards de francs CFA au titre des dommages et intérêts.


Le parquet s'était montré particulièrement rigoureux lors de ses réquisitions. Estimant que l'usage des fonds n'était pas adéquatement justifié par des pièces comptables régulières, le représentant du ministère public avait sollicité la requalification des faits en escroquerie, réclamant six mois de prison ferme et un mandat de dépôt à l'audience contre Samuel Sarr. Pour Cheikh Amar, le procureur avait requis deux ans de prison avec sursis et une amende de 500 000 francs CFA pour l'usage présumé d'une fausse pièce, estimant qu'elle avait été produite pour se constituer une preuve.


Un verdict de rejet global des demandes civiles


Le tribunal n'a finalement pas suivi les réquisitions du parquet ni les prétentions de la partie civile. En prononçant la relaxe pure et simple de Samuel Sarr, le juge a écarté les charges d'abus de confiance ou d'escroquerie qui pesaient sur lui. Le tribunal a également jugé infondée la constitution de partie civile de Cheikh Amadou Amar, rejetant sa demande de réparation financière.


Par ailleurs, cette décision consacre un statu quo sur le plan des demandes reconventionnelles. Les requêtes de Samuel Sarr, qui réclamait deux milliards de francs CFA en réparation du préjudice causé par les accusations et la production de la décharge contestée, ont elles aussi été rejetées par la cour. Cette sentence marque le point final d'un long feuilleton judiciaire où les transactions financières privées se sont mêlées aux dynamiques de l'ancien appareil d'État.