Le verdict est tombé et il n’est pas flatteur pour Dakar. Le Sénégal se classe désormais à la 78ème place mondiale, enregistrant un recul de 4 places par rapport à l'année précédente. Le score global du pays s'est également dégradé, passant de 59,43 en 2025 à 58,11 en 2026, soit une perte sèche de 1,3 point.
Pour Sadibou Marong, Directeur du bureau Afrique de l’Ouest de RSF, cette contre-performance s’explique par une chute brutale de certains indicateurs clés.
Le "garrot" économique : Aide à la presse et publicité bloquées
Le premier facteur pointé par RSF est l'effondrement du score économique. La santé financière des médias sénégalais est aujourd'hui jugée critique.
Suspension des subventions : Les entreprises de presse sont restées deux ans sans percevoir l'aide publique.
Publicité étatique au point mort : L'accès à la publicité des sociétés nationales est devenu extrêmement complexe.
Dettes impayées : Plusieurs médias attendent toujours le règlement de commandes publiques déjà exécutées.
Cette asphyxie financière rend l’exercice du métier « très difficile et très compliqué », selon les termes de M. Marong.
Pressions judiciaires : L'ère des mandats de dépôt
L'autre ombre au tableau concerne le cadre sécuritaire et légal. Si l'année 2024 avait été marquée par des convocations sans suites carcérales systématiques, l'année 2025 a vu la tendance se durcir.
RSF déplore une recrudescence des placements sous mandat de dépôt pour des journalistes et chroniqueurs. Le rapport cite notamment les cas emblématiques de Maimouna Ndour Faye et Babacar Fall. L'interpellation de ce dernier, cueilli par la police au sein même de sa rédaction, a été qualifiée de « musclée » et disproportionnée par l'organisation.
À cela s’ajoutent les sanctions administratives du CNRA (mises en demeure, coupures de signaux, retraits de la TNT), notamment à l'encontre du groupe Futurs Médias, des actes jugés injustifiés par le bureau Afrique de l'Ouest de RSF.
Quelques lueurs d'espoir : Loi sur l'accès à l'information
Tout n'est pas sombre dans ce rapport. RSF salue deux avancées majeures :
Le vote de la loi sur l'accès à l'information, un outil crucial pour le journalisme d'investigation.
La capacité de résistance des organisations de presse devant la justice. La Cour suprême a notamment donné raison aux médias contre certains arrêtés administratifs, un signe de vitalité démocratique. Les pistes pour sortir de l'impasse
Pour inverser la tendance, Reporters Sans Frontières propose une feuille de route claire aux autorités sénégalaises :
Renforcer l'autorégulation : Donner plus de moyens au Cored (Conseil pour l'observation des règles d'éthique et de déontologie) pour que les fautes professionnelles soient traitées par les pairs plutôt que par les tribunaux.
Dépénaliser le journalisme : Mettre fin à la criminalisation du métier.
Appliquer les Assises des médias : Mettre en œuvre les conclusions des concertations nationales pour assainir le secteur.
Rétablir le dialogue : Maintenir un canal de communication permanent entre les médias et le pouvoir public.
« C’est un pays qui offre un cadre favorable, mais il est important de continuer à se parler », conclut Sadibou Marong.