Le débat sur la succession d’António Guterres prend une tournure de plus en plus juridique et morale au Sénégal. Intervenant dans l’émission Rfm Matin, le célèbre journaliste Babacar Fall a apporté un éclairage tranchant sur la posture de neutralité — jugée par certains comme une hostilité passive — des nouvelles autorités sénégalaises.
Une distinction entre opinion et raison d'État
Pour Babacar Fall, il convient de séparer l'émotion politique de la responsabilité institutionnelle. « Il faut qu’on soit clair sur une chose : ceux qui ne sont pas d’accord [avec la candidature de Macky Sall] en ont le droit. Mais l’État du Sénégal n’a pas le droit de ne pas être d’accord », a-t-il martelé.
Cette déclaration souligne un principe non écrit de la diplomatie sénégalaise : l'État doit être le premier bouclier et le premier promoteur de ses fils à l'international, quel que soit le passif politique intérieur. En refusant, pour l'instant, de soutenir officiellement l'ancien président, le duo Diomaye-Sonko briserait une tradition de solidarité républicaine qui a fait la force de Dakar pendant des décennies.
L’anomalie du parrainage burundais
L’article rappelle le caractère « atypique, voire inédit » de la situation actuelle. Voir Macky Sall parrainé par Évariste Ndayishimiye, président du Burundi et actuel patron de l'Union africaine, place le Sénégal dans une position inconfortable. C'est la première fois dans l'histoire moderne du pays qu'une candidature d'une telle envergure est portée par une puissance étrangère faute de soutien national.
Pourtant, Macky Sall avait pris les devants. Dès le 5 février 2026, il avait adressé un courrier formel au Président Bassirou Diomaye Faye pour solliciter l’appui de son pays. Un mois plus tard, la réponse se fait toujours attendre, obligeant l’ancien chef d’État à chercher refuge sous d’autres drapeaux africains pour ne pas laisser passer le train de l'ONU.
Ce mutisme des autorités de la rupture est interprété par de nombreux observateurs comme une volonté de ne pas "offrir" une victoire diplomatique à un adversaire politique qu'ils comptent encore auditer sur sa gestion passée. Mais comme le suggère Babacar Fall, ce calcul intérieur pourrait se payer au prix fort sur la scène internationale : celui d'une perte d'influence et d'une image de pays divisé.
À mesure que les délais de dépôt des candidatures s'épuisent, la question n'est plus seulement de savoir si Macky Sall peut gagner sans le Sénégal, mais si le Sénégal peut se permettre de perdre l'opportunité de diriger le monde par simple omission.