Madiambal Diagne alerte sur la transparence, la dette et une crise politique qui couve: « Le Sénégal a besoin d’être secouru »

POLITIQUE
Lundi 12 Janvier 2026

Invité hier soir sur la web TV Public Sn, dans l’émission animée par Aïssatou Diop Fall, Madiambal Diagne a livré une lecture très sombre de la situation nationale. L’ancien journaliste et ex-dirigeant du Groupe Avenir communication, aujourd’hui installé en France, a déroulé un réquisitoire sans détour sur la gouvernance économique, le climat social et les fragilités politiques du moment, dans une intervention qui a immédiatement alimenté les débats.

Au centre de sa critique, la question de la transparence dans la gestion des ressources publiques, notamment celles issues des hydrocarbures. Pour étayer ses propos, il s’est appuyé sur le dernier rapport de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), en rappelant l’existence d’un écart entre les chiffres officiels de production pétrolière et ceux communiqués par Woodside, l’opérateur du champ de Sangomar.

Selon lui, l’ITIE aurait demandé à l’État de « réconcilier » les données, un signal qui, à ses yeux, fragilise la confiance et entretient la suspicion au moment même où le pays doit consolider sa crédibilité.

Cette exigence de clarté, Madiambal Diagne l’a ensuite étendue à des sujets plus politiques et symboliques. Il a évoqué le flou entourant des déplacements du Premier ministre, notamment l’usage de jets privés, ainsi que l’absence d’explications jugées satisfaisantes sur certains dossiers de dépenses publiques, dont l’acquisition de véhicules de députés.

Dans la même veine, il a insisté sur la question du recours massif au financement sur le marché de l’UEMOA, estimant qu’un pays ne devrait pas laisser s’installer le doute sur les conditions exactes de ses emprunts, entre taux affichés, coûts effectifs et commissions. Selon sa lecture, la dégradation de la “signature” du Sénégal aurait contribué à renchérir le coût de la dette à un niveau inédit.

Madiambal Diagne a tenté de rendre intelligible, pour le grand public, ce qu’il présente comme un paradoxe des annonces financières. À l’entendre, si l’État continue de s’endetter malgré des levées de fonds communiquées avec emphase, c’est parce que ces opérations seraient parfois davantage des “ajustements comptables” que de véritables arrivées de liquidités, visant avant tout à stabiliser certaines positions bancaires et à éviter un choc systémique.

Une explication qui s’inscrit dans son fil conducteur : le pays serait entré dans une zone de vulnérabilité où chaque imprécision, chaque silence, se paie au prix fort.

De cette situation, l’ancien journaliste tire une conclusion politique plus large. Il estime que le Sénégal doit, selon ses mots, être “secouru”, et que cela impose de préserver des relations solides avec les partenaires traditionnels. Il s’étonne ainsi d’un bras de fer avec Woodside au sujet d’un différend qu’il chiffre à plusieurs dizaines de milliards, alors que l’entreprise aurait déjà consenti des investissements considérables.

Dans son propos, la défiance envers un partenaire stratégique nourrit un risque plus global de crispations diplomatiques et économiques. Il a également évoqué, comme symptôme d’un refroidissement, des épisodes récents ayant touché des ressortissants sénégalais, y voyant un signal d’alerte sur la place du Sénégal dans ses relations extérieures.

Sur le plan institutionnel, Madiambal Diagne a projeté un scénario de recomposition au sommet de l’État. Il affirme que la séparation politique entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko serait, à terme, inévitable, et que la volonté du Président de structurer son propre camp sous forme partisane serait “irréversible”.

Il avance que la dissolution de l’Assemblée nationale deviendrait une carte stratégique dès que les conditions constitutionnelles le permettront, afin d’éviter, dit-il, une situation où un rival pourrait contrôler la deuxième institution du pays. Pour lui, la dyarchie actuelle ne résisterait pas à ce moment de bascule.

Enfin, son diagnostic s’est durci sur le climat social et politique. Il a dénoncé des arrestations qu’il qualifie d’arbitraires et dit observer, à l’extérieur, une hausse des demandes de statut de réfugié politique émanant de Sénégalais. Dans son argumentaire, cette tendance serait le marqueur d’un environnement devenu anxiogène, où l’inquiétude ne concernerait pas uniquement les personnes poursuivies, mais s’étendrait à leurs proches et à leur entourage.

Au total, l’intervention de Madiambal Diagne se présente comme un appel à un changement de méthode : plus de transparence, plus de cohérence dans le discours économique, moins de tensions inutiles avec les partenaires, et une gouvernance capable de “freiner et changer de trajectoire” avant que les fragilités n’aboutissent à une crise plus profonde. Reste à voir si ces prises de position provoqueront une réponse des autorités ou si elles s’ajouteront à une séquence politique où la critique publique, de plus en plus frontale, devient elle-même un élément central de la bataille d’opinion.