Matar Diouf liste les fautes de gestion de Bouna Manel Fall

POLITIQUE
Dimanche 19 Février 2017

Après les péripéties qui ont abouti au limogeage du directeur général Bouna Manel Fall, Matar Diouf, membre du Conseil d’administration de la Société sénégalaise du droit d'auteur et des droits voisins (Sodav), dresse, dans le journal Enquête, la liste des fautes de gestion qui ont abouti au limogeage de Bouna Manel Fall.


«Nous avons nommé Bouna Manel Fall. Nous lui avons fait part de nos attentes et  de comment nous voulions que les choses se passent. Après deux mois et demi de gestion, il nous a présenté un tableau de bord. Nous lui avions dit qu’autant nous sommes intéressés à la  gestion de ses prédécesseurs, autant nous allions nous pencher sur la sienne. Nous voulons que la gestion transparente commence par nous. Le premier problème que nous avons eu avec lui, c’est quand il a voulu qu’on lui fasse un contrat de trois ans.

«Nous lui avons proposé une phase-test de six mois. Après cela, nous allions lui faire signer un contrat de deux ans. Il a refusé ce test de six parce qu’il était à nos côtés durant les dernières phases du processus. Il n’a jamais été d’accord qu’on le contrôle. C’est pour cela qu’il dit qu’on l’empêche de travailler.

«Toutes les résolutions prises au cours des réunions du Conseil d’administration (CA) n’ont jamais été matérialisées ; pourtant en réunion, il disait être d’accord. Bouna considérait qu’il n’était pas un exécutant. Il n’avait aucune considération pour nous. Il pensait que les artistes étaient des analphabètes pas capables de prendre certaines décisions.

«Nous avions déjà relevé des fautes administratives mais nous n’avions pas encore terminé. On s’est rendu compte qu’il a pu recouvrer 168 millions. C’est bien et c’est positif. Mais nous nous sommes rendu compte qu’il a dépensé 102 millions. Il a rendu public un état comparatif de sa gestion et celle de Mounirou. Il a récolté plus d’argent ce dernier, et a dépensé moins que lui. La différence est de 5% c’est-à-dire 6 millions. La gestion de Mounirou n'est pas une référence pour nous.

«La masse  salariale de la Sodav ne dépasse pas 20 millions de FCFA. Si on considère qu’il a payé deux mois de salaire, c’est 40 millions pas plus. Parce que le tableau nous a été présenté après deux mois et demi de gestion. C’est la manière dont il a dépensé l’argent qui ne nous a pas agréés. Après l’installation du CA, nous nous sommes réunis pour dire que personne ne  devait, pour l’instant, voyager au  nom de la société. Le directeur général est allé en Afrique du sud en cachette. Quand nous l’avons su, nous l’avons interpelé et il s’est excusé en pleine réunion. Pour ce voyage, il a puisé dans la caisse de la Sodav. Après cela, il s’est octroyé un 13e mois avant de rendre l’argent dans les caisses le lendemain. Mais l’acte est là et nous l’avons pris en compte.

«Le 21 janvier, il a repris au niveau de la comptabilité 1 500 000 FCFA. A la fin du même  mois, il a remboursé l’argent pris. Mais le remboursement ne nous intéresse pas, c’est l’acte qu’on juge. Nous ne pouvons pas accepter qu’au moment où des artistes souffrent, que d’autres se servent de leur argent à leur guise. Il a pris de l’argent dans la caisse, plus de 800 mille, parce que, a-t-il dit, sa voiture de fonction était en panne. Il l’a fait sans l’avis du CA. Si nous ne nous étions pas intéressés à ce qu’il faisait, nous n’en saurions rien. 

«Il a pris de l’argent pour remboursement de frais médicaux au lieu des 4% appliqués, lui, il s’est appliqué 100%. Il s’est adjugé des prérogatives qu’il n’a pas.

«Il a amené un de ses neveux informaticiens qui nous a présenté un projet en réunion. Nous lui avons dit que c’était bien mais que nous n’étions pas prêts pour cela. Malgré tout, il lui a donné une avance de 2 millions. Il a  procédé de la même sorte avec une agence constituée par des amis à lui qui devaient, dit-il, lui faire un plan stratégique à huit millions. Nous n’étions pas d’accord ; malgré tout, il leur a donné deux millions en guise d’avance.

Ceux qui disent le soutenir, les gens de l’AIM (association des acteurs de l’industrie musicale), nous savons pourquoi, ils le font. Je vous ai dit qu’il y a des ayants-droits qui doivent de l’argent à la Sodav. Je ne dis que tous les membres de l’AIM  doivent de l’argent à la société, mais 80% d’entre eux figurent sur la liste de nos créanciers.»