Les intentions fallacieuses prêtées aux gens, la disruption opérée dans les propos d’un tiers sortis de leur contexte pour se positionner et s’habiller en plus malin, pour paraître le plus vrai, le plus percutant à écouter et à approuver par son clan de fumiers en extase ; les confusions volontaires de genre dans les interactions sociales pour créer une fenêtre de tirs en déformant une grille d’analyse, pour classer les individus en marge des grands enjeux, oubliant que lorsqu’ils parlent des autres, ils parlent d’eux-mêmes ; c’est le reflet de leurs profondes frustrations qu’ils expriment.
Ce sont ceux-là qui vous ont jadis souhaité le meilleur mais dès que celui-ci pointe son nez, ils vous fuient comme la peste vous cherchant des défauts inventés et vous accusant de n’être plus vous-même. Quand vous accumulez quelques petits succès, ils disparaissent comme par enchantement de votre périmètre, ne portent jamais ce succès avec vous, mais quand des nuages noires semblent graviter autour de vous, ils refont surface enfilant le boubou de celui qui vous admire et vous estime depuis une station précise, un faux lien imaginaire créé avec vous, pour distiller quelques commentaires de soutien empreints de fausse compassion devant le public, à des fins imparables d’attiser une foule à assister à ce qui ressemble selon eux, votre descente aux enfers. Sérieux, vous ne vous couvrez pas de ridicule, même pas un peu?
Ce ressentiment vient de l’amertume de ne point posséder ce dont son némésis est pourvu. L’état d’esprit qui consiste à être conscient de sa nudité à tout point de vue et de vouloir que tout le monde le soit, mesquinerie humaine ! Ils sont bons et gentils, mais le reste du monde n’est que chiasse. Ils vous adulent un jour, vous enfument le lendemain moyennant déballages de secrets partagés dans la confidence, marqués intempestivement du sceau de la diffamation. Ne sachant faire face à votre QI, ils se prélassent dans la légèreté des invectives et des attaques personnelles qui ne sont guère des répliques à la hauteur. Ah! Les fumiers !
L’exhumation puis l’exhibition des likes de tiers sur la toile par des acteurs qui s’arrogent le monopole du contrôle des réactions pour en déduire avec exactitude prémonitoire les émotions, la pensée qui sous-tend le sujet étudié, jusqu’au classement à faire de ce dernier; on se croirait dans un jury d’examen quelconque où à l’heure cathartique de la délivrance, les patrons des likes sans édifier au préalable les spectateurs sur les critères correctionnels, nous diront ceux qui sont admis d’office avec mention par complaisance, et ceux qui sont recalés de mauvaise foi. Mais quel délire ! Quelle autre folie ! La toile, cette boite de Pandore reluisante, qui jadis rassemblait les cœurs, s’est muée en fabrique à guignols censeurs, qui, dès qu’une cible vivement attendue chute vertigineusement, telle l’hyène, ils la dévorent, pas une âme qui soutient, qui tend la main ou qui aide à se relever, ou qui se remémore ce que cette dernière avait été, ou qui elle est au fond, la fuyant comme la peste, la condamnant esseulée. Une rancoeur sans fondement gagne de plus en plus du terrain, et c’est le poison de la cohésion sociale.
La Bruyère a bien fait de disséquer ces travers humains dans ses fameux « Caractères » intemporels, ce jeu social axé essentiellement sur l’hypocrisie, qui dans notre contexte contemporain, consiste à jeter des fleurs aux uns pour plaire, et aux autres en pâture pour épater la galerie. En filigrane, se lit l’ENVIE qui tire sa source du désir de dénigrer son interlocuteur pour gagner malicieusement les grâces de quelques personnes sans consistance réelle mais adeptes des conjectures, s’y agrippant avec hargne tel un os qu’un chien rongerait, comme l’on ferait d’un buffet étant affamé, avec ce besoin obsessionnel de validation extérieure, qui place le pantin sous l’emprise de cette dernière;
Chacun au moyen de son œil de lynx pratique l’art de la surveillance rapprochée, guette avec la paranoïa appropriée les publications des uns et des autres pour chercher la petite bête, pour photographier ou enregistrer des images préventives et antécédentes à une future confrontation, pour mieux préparer une cabale, pour anticiper : une chute ? une décadence ? un accident de langage? une faute? une erreur ? S’il en est un parmi ces éléments, ce serait une opportune mise en bouche, pour vouer aux gémonies sans coup férir, ces petites gens classées, subitement, à l’opposé de leurs standards d’admission.
Au fond personne n’accorde plus le bénéfice du doute, ou un temps d’arrêt pour comprendre l’autre, on colle des étiquettes sur la nature profonde de l’autre sans jamais l’avoir approché, des tonneaux vides clinquants en quête insatiable de visibilité s’accaparent de la scène, recherchant l’approbation à chacune de leur prise de parole pour exister fièrement au sein d’un groupe d’amis déifiés, lesquels constituent le prisme à partir duquel la reconnaissance sociale est un graal, titre de prouesse imaginaire décerné au champion qui aura fusiller quelqu’un dans sa chair, nous brandir cette coupe et nous servir la fameuse réplique du « je le tiens ! » de Nabuchodonosor.
Cette alliance espiègle digne d’une sonate aigre qui s’intitulerait « À la recherche du diable permanent » n’est durable que parce que ses membres sont esclaves du regard de leur cercle d’influence appelé souvent en renfort pour faire face. Le malheur tant souhaité aux autres finira par leur faire se dévorer cru à eux-seuls, la communauté des amers, selon le principe du retour à l’envoyeur ; et cette toxicité relationnelle donne tout un vaudeville mal tissé qui essaime inéluctablement le débat public. Cette pièce et ses intermèdes divers se joue au vu et au su de tous: la fresque des fumiers.
Dans l’espace public, tout le monde parle, maitrise et comprend ingénieusement tout sur tous les sujets également ; mais paradoxalement personne ne parle plus sereinement. À certains, l’ambiance morose serait parvenue à arracher la peur du débat public et pousser dans ses ultimes retranchements à la retraite de l’ermite. Cette situation, loin d’être affligeante, est libératrice somme toute car c’est plus calme, plus sain ; la quiétude spirituelle devenue denrée rare y est assurée. Alors que l’esprit le plus vif est celui qui côtoie les contradictions fortes et enrichissantes qui permettent d’approfondir notre connaissance et de nous challenger sans excès et manque de respect de soi et de l’autre.
Quid des Chroniqueurs à la petite semaine portés en experts-analystes qui scalpent au quotidien des acteurs de renom qui dérangent, affabulent sur leur compte et grossissent les faits aux mercenaires à l’affût inondant les plateaux pour salir et ternir des réputations sans rappel à l’ordre; d’autres profils lunaires sortis de nulle part, ou peut-être tirés de la cuisse aguichante à la science infuse de Jupiter, cherchant à désorienter l’auditoire ou à dicter la marche à suivre et s’offrir le luxe de la confiscation légitime de la parole dans l’espace public, et ce dernier, parfois composé de niais sans personnalité propre mais empruntée, y voient des érudits et démiurges à suivre à l’aveuglette et tombent dans le panneau. Mais la masse, elle, n’est guère friande de niaiseries.
Certains journalistes à la solde du plus offrant, loin d’informer utiles, ne manquent pas l’occasion gênante de jeter l’opprobre sur des individus ciblés pour des règlements de compte implicites, sans vérification des faits qui leur sont rapportés. L’essentiel, c’est d’accrocher la cible par la diffusion du mal, le malheur de l’autre procure une parfaite délectation, pourvu qu’une purge soit son parachèvement. Soit, quelque chose nous échappe, soit la société sombre dans la dégénérescence.
Alors que nous restent-ils réellement du sens de la communauté, de la citoyenneté? Si chacun est dans sa bulle, réduit au néant, contraint à se retirer de l’espace, pour n’observer que les règles du silence ou de la gymnastique prudente des mots, c’est que le cran n’y est plus. Tout débat peut susciter une vive adversité sans pour autant être nuisible. Dans d’autres pays, il apparaît comme source de vives tensions et polémiques, c’est fort en rapport de forces sans pour autant agresser dans la chair. Un débat, c’est encore le lieu de chocs des idées, mais qui nécessite sans nul doute l’écoute, la courtoisie et même un peu de bienveillance pour mieux faire passer le message.
Le service à rendre au débat public, c’est d’y être soi-même sans calculs de la perception que l’autre se fera, pas de complaisance sur tous les sujets qui touchent à notre société, ou sans attente de validation ou approbation du regard de l’autre. La faiblesse d’esprit et le manque de probité morale, c’est précisément le fait d’avoir besoin de clans pour s’exprimer, être et agir.
Après tout, quand le rideau tombe à la fin du spectacle, cette partie représentée est certes captivante, mais le réel aura vite fait de rattraper les acteurs qui veulent la fuir. Que chacun fasse ce qu’il a à faire. La vie sui faufile le temps d’une étoile filante, nous apprend à préférer la Vivre sans inimitiés plutôt que de paraître, de la survoler en faux-semblants mais ne sommes-nous peut-être pas plongés dans le meilleur des mondes du Candide optimiste voltairien ?
« Le monde entier est un théâtre » entonnait Shakespeare, et hommes comme femmes y jouent chacun des rôles, mais en attendant l’arrivée de « Godot » chaque acteur connait les limites du cinéma de sa mémoire.
Mon cher frère Malang Sagna, en passant une petite dédicace à ta bande de fumiers aux gémissements connus des G2P (Garçons-Princesses Paumées), et dis leur bien qu’aucun terrorisme intellectuel ne saurait s’appliquer à moi ou que je serve de passerelle comme l’émissaire de leur venin à qui de droit. Dis-leur surtout ceci mon cher :
« Que l’amitié sincère, forgée sur la durée et née dans notre cocon de Sanar, ne saurait être sacrifiée sur l’autel du désordre politique assourdissant dans lequel nous sommes plongés. »
Mes amitiés pour toujours Besty
Au prochain cirque,……
Par Amina de Zaria du Sénégal
La Reine Guerrière