Momar Seyni Ndiaye : «La presse papier doit accepter le baiser mortel des médias électroniques pour s’adapter »

MEDIAS
Samedi 19 Aout 2017

Les avancées réalisées par la presse électronique à partir des années 1990 constituent "le quatrième tournant" dans l’évolution des médias et de l’édition, au point d’obliger les journaux classiques à accepter "ce baiser mortel" pour mieux s’adapter au risque de n’appartenir plus qu’à la préhistoire, a soutenu, samedi à Dakar, le consultant et journaliste sénégalais Momar Seyni Ndiaye.
 
"La presse électronique, née dans les années 1990, constitue le quatrième tournant dans l’évolution du monde de la presse ou de l’édition", a-t-il avancé en animant une conférence-débat sur le thème : "La presse papier peut-elle survivre à la presse électronique ?".
 
La presse écrite serait bien inspirée d’accepter "sa défaite après ce baiser mortel avec la presse électronique", a ajouté M. Ndiaye, par ailleurs docteur en communication, lors des débats à cette rencontre organisée par la section sénégalaise de l’Union Internationale de la presse francophone (UPF).
 
Cette rencontre célébrait le premier anniversaire de la nouvelle équipe dirigée par le journaliste du quotidien national "Le Soleil" El Hadji Abdoulaye Thiam, installé en août dernier à la tête d’UPF/Sénégal.
 
Avec les médias électroniques caractérisés par leur instantanéité, "un nouveau paradigme est né dans la fabrique et la diffusion de l’information", a expliqué Momar Seyni Ndiaye, selon qui les médias ne sont "plus dans la logique de l’offre mais dans la logique de la demande".
 
Aux yeux de l’ancien directeur de la communication de la Société nationale des eaux du Sénégal (SONES), ces nouveaux médias remplissent "quatre fonctions que les médias traditionnels ont du mal à assurer", à savoir l’amplification, la reprise en boucle, le direct et le focus.
 
"Tout ce qui est en direct est considéré comme important", relève t-il en guise d’exemple, soulignant que les mutations nées des avancées de la presse électronique induisent une déprofessionnalisation de la profession de journaliste.
 
"On est en train d’être dépassés par des non professionnels", note le consultant, sans compter que le modèle économique des entreprises de presse écrite "pose aujourd’hui problème".
 
S’y ajoute qu’il y aurait "beaucoup de choses à dire sur le contenu" des médias, a souligné M. Ndiaye, avant d’appeler la presse écrite à "accepter sa défaite après ce baiser mortel avec la presse électronique". 
 
Pour étayer son argumentaire, il a estimé que "les contenus de la presse papier ne sont pas adaptés à deux catégories de la population" que sont les jeunes et les femmes (18-25 ans). 
 
Dès lors des contenus nouveaux doivent être imaginés pour répondre aux attentes de ces deux catégories de la population, qui "passent beaucoup de temps sur les réseaux sociaux (Facebook, WhatsApp ou autres)".
 
"Il faudra aussi songer à s’inspirer des modèles réussis ailleurs, comme les états généraux de la presse en France" sous l’ancien président français Nicolas Sarkozy (2007-2012), une initiative qui a permis de défiscaliser les salaires des journalistes, a-t-il signalé. 
 
Ces états généraux ont par ailleurs permis de "mettre en place un pot de publicité collective qui impose à toutes les sociétés nationales d’accorder une partie des publicités à ces entreprises de presse en difficulté", a rappelé Momar Seyni Ndiaye.
 
D’où son appel en faveur d’une "réorientation de l’aide à la presse", qui dans sa forme actuelle, peut être selon lui assimilé à tout sauf à une aide à la presse.
 
"Il urge aujourd’hui de réserver exclusivement ou en grande partie cette aide à la presse à la presse écrite qui est un élément fondamental dans la consolidation de la démocratie", a-t-il déclaré.
 
De même, selon le conférencier, la périodicité de certains titres dit être revue (un ou deux jours supplémentaires), ce qui permettrait aux journaux d’avoir "beaucoup plus de recul" sur l’actualité et de produire davantage de papiers d’analyse "plus fouillés".
 
Autrement, la presse papier "va appartenir à la préhistoire", tranche le consultant.
 
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