ONU: Macky Sall, l’ambition d’une Afrique en quête de leadership mondial

INTERNATIONAL
Mardi 3 Mars 2026

Le dépôt officiel, ce 2 mars à New York, de la candidature de l’ancien président sénégalais pour le poste de secrétaire général des Nations unies marque un tournant. Soutenu par l’Union africaine, Macky Sall entend s’imposer comme le trait d’union entre un Nord en crise et un Sud global en pleine affirmation.
 

Le signal est venu de Bujumbura, mais l’écho a retenti jusque dans les couloirs feutrés de la « Glass House » à Manhattan.

En déposant, par la voix du Burundi, actuel président de l’Union africaine (UA),  la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général de l’Organisation des nations unies (ONU), le continent africain vient de lancer une offensive diplomatique de grande envergure. Vingt ans après le départ du regretté Kofi Annan, l’Afrique estime que son heure est à nouveau venue pour diriger le concert des nations.
Le « candidat des crises » et du Sud global



Si le nom de Macky Sall circulait avec insistance depuis son départ du palais de l’Avenue Roume en avril 2024, cette officialisation intervient dans un climat mondial d’une rare complexité. Pour ses partisans, l’ancien chef d’État sénégalais dispose de l’atout maître : l’expérience de la médiation de haute intensité.

De sa présidence de l’UA (2022-2023), l'on retient sa capacité à parler à la fois à Vladimir Poutine et à Volodymyr Zelensky lors de la mission de paix africaine, mais aussi son plaidoyer acharné pour l’intégration de l’Afrique au G20.

Pour les diplomates africains, Macky Sall n’est pas seulement le candidat du Sénégal, mais celui d’un continent qui ne veut plus être le spectateur des décisions prises à Washington, Paris ou Pékin.
Un réformateur pour un système à bout de souffle

L’argumentaire de la candidature, que L’Essentiel.sn a pu consulter en filigrane, repose sur une vision : la « réparation » du système multilatéral. Macky Sall, déjà envoyé spécial du Pacte de Paris pour les peuples et la planète (4P), se présente en réformateur de l’architecture financière mondiale.

« Le monde a besoin d’un secrétaire général qui comprenne l’urgence climatique et la dette du Sud, non pas comme des concepts abstraits, mais comme des impératifs de sécurité mondiale », confie un diplomate africain en poste à New York.


Sa connaissance des rouages économiques internationaux, couplée à une posture de « sage » africain, pourrait séduire au-delà de son propre continent.
L’obstacle de la parité et du consensus

La partie est pourtant loin d’être gagnée. Macky Sall devra affronter une pression internationale croissante en faveur d’une candidature féminine, une première dans l’histoire de l’institution.

Des figures comme Michelle Bachelet ou Mia Mottley barrent la route à une candidature masculine.

De plus, le processus de sélection reste soumis au pouvoir discrétionnaire des cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Mais là encore, l’ancien président sénégalais joue la carte de l’équilibriste.

Ni pro-occidental dogmatique, ni aligné sur le bloc sino-russe, il cultive une autonomie stratégique qui pourrait faire de lui le « plus petit dénominateur commun » acceptable pour les grandes puissances.
Un destin lié à la crédibilité africaine

Pour le Sénégal, cette candidature est un moment de fierté nationale, mais aussi un défi. Elle survient alors que la scène politique dakaroise reste marquée par les turbulences de la dernière élection présidentielle.

À l'ONU, les candidats sont passés au crible de la « compliance » et des critères d'intégrité.

En annonçant sa candidature hier, le secrétariat de l'Assemblée générale de l'ONU a ouvert une séquence de huit mois de joutes diplomatiques.

Pour Macky Sall, les auditions d'avril prochain seront le premier véritable test de vérité. S’il parvient à convaincre que l’Afrique possède la clé de la désescalade mondiale, il pourrait bien devenir le dixième secrétaire général de l'histoire, et le troisième fils du continent à occuper le 38e étage du siège new-yorkais.

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