Pour Ismaïla Wone et les quatre autres initiateurs de cette réforme, les articles L29 et L30 sont devenus, sous l’ancien régime, des outils de neutralisation d’adversaires encombrants. Ces articles, qui déterminent les causes de radiation des listes électorales suite à certaines condamnations, auraient été, selon le député, « manipulés » pour écarter Ousmane Sonko de la dernière course présidentielle.
Nous membres du groupe parlementaire Pastef Les Patriotes, à travers cinq des initiateurs dont je fais partie, nous avons fait une proposition de loi allant dans le sens de modifier les articles L29 et L30, parce qu'on considère que ce sont des articles qui réduisent un peu la liberté de l'individu à être candidat ou à être éligible. On s'est rendu compte que souvent, nos politiques ont l'habitude d'utiliser certains articles pour empêcher des candidatures.
L'enjeu de cette proposition de loi est donc de réécrire ces textes pour les rendre « solides et rigides ». Le but est d'éliminer toute zone d'ombre permettant aux juristes et aux politiques de jouer sur les interprétations pour disqualifier des candidats.
« Ce n’est pas pour protéger Ousmane Sonko »
Anticipant les critiques sur une loi qui serait taillée sur mesure pour l'actuel Premier ministre en vue de 2029, Ismaïla Wone se veut catégorique. Selon lui, l’éligibilité d’Ousmane Sonko ne souffre aujourd'hui d'aucune contestation.
« Sa candidature n'a pas besoin d'être protégée. [...] Si on laisse les textes en l'état, ça n'empêchera pas la candidature d'Ousmane Sonko en 2029 », affirme-t-il, rappelant que le leader du Pastef a déjà dirigé la liste des législatives.
La démarche se veut donc préventive et institutionnelle plutôt que personnelle. Il s'agit, selon le parlementaire, de protéger la République contre de futures dérives, quel que soit le candidat visé à l'avenir.
Une simplification pour plus de transparence
La réforme vise une simplification radicale du langage juridique. Le député déplore le « juridisme » qui permet parfois de faire dire aux textes ce qu'ils ne disent pas. L'objectif technique est de faire en sorte qu'à la simple lecture, même un non-juriste puisse comprendre les conditions d'éligibilité. Et ce pour donner moins il y a de place pour l'interprétation, plus la démocratie est préservée.
Indépendance législative
Interrogé sur l'avis d'Ousmane Sonko lui-même, Ismaïla Wone a tenu à rappeler le principe de la séparation des pouvoirs. Tout en reconnaissant que le Premier ministre a été la principale victime de ces articles dans le passé, il souligne que cette initiative émane du Parlement.
Pour les « Patriotes » de l’hémicycle, cette modification est une nécessité pour l’avenir du Sénégal, afin qu'aucun acteur politique ne puisse plus jamais utiliser le Code électoral pour restreindre la liberté d'un individu à solliciter les suffrages des citoyens.