Que reste-t-il du Mouvement "Y'en a marre" ?

POLITIQUE
Jeudi 6 Avril 2017

Après cinq années passées à la recherche d’une reconnaissance internationale, que reste-t-il aujourd’hui du Mouvement "Y en a marre" ? 
 
En plein milieu du débat sur l’appel à la manifestation du 7 avril 2017 lancé par le mouvement "Y en a marre", nous pouvons évoquer quatre scénarios possibles que pouvait choisir ce mouvement après la manifestation du 23 juin 2012 : 

– Le maintien du caractère protestataire avec l’accentuation sur son identité sociale de mouvement ratissant large au sein de la société et se prolongeant jusque dans les quartiers périphériques ; 
– Le choix d’un basculement en mouvement politique qui prendrait la forme d’un front, lequel regrouperait des sensibilités différentes certes mais qui se rapprocheraient d’un point de vue politique ; 
– Le choix d’un changement radical du système politique national 
– Le choix d’une pression sociale accrue qui aurait soutenu la phase politique en cours. 

Aujourd’hui, cinq ans sont passés, les choses ont changé et les trois premiers scénarios se sont trouvés dans l’impossibilité d’une quelconque réalisation. Ainsi, le Mouvement "Y en a marre" n’aura pas pu se transformer en mouvement social ; le Mouvement n’aura pas réussi non plus à basculer en formation politique ; et, enfin, un développement vers la radicalité n’aura pas été possible. 
Cela signifie-t-il pour autant la fin du Mouvement "Y en a marre" et sa transformation en simple souvenir évoqué pour parler de cet instant de changement politique et de l’impact de la dynamique populaire sur lui ? 

Assurément non, car en dépit de tous les indicateurs qui établissent le recul du mouvement et son incapacité à tenir un rôle politique et social au Sénégal, il est toujours possible au Mouvement de renaître de ses cendres, de redistribuer ses cartes et ses atouts. Il faut, pour cela, procéder à une réévaluation de la situation et à une redéfinition de la mission de ce mouvement pour la faire évoluer vers une autre fonction qui lui conférerait une nouvelle légitimité et une nouvelle présence politique. 

En effet, si un basculement en expression politique radicale a échoué, si l’évolution politique du pays a interdit toute possibilité pour "Y en a marre" de s’imposer en mouvement social revendicatif, il est néanmoins toujours possible pour ce courant de retrouver sa présence au sein de l’échiquier politique national. La clé ? Que "Y en a marre" opte pour le 4e scénario, qu’il devienne cette conscience politique pour le régime en place, qu’il la soutienne dans ses entreprises de réformes, qu’il la critique pour ses erreurs et ses déviations.  

Le Mouvement "Y en a marre" peut retrouver son lustre d’antan très rapidement, mais il ne doit pas se positionner en alternative politique, en remplacement des partis politiques. Le Mouvement doit être cette passerelle, cette embarcation qui unit et réunit toutes les bonnes volontés et intentions du pays, où qu’elles se trouvent, afin de prendre la forme de cette force populaire irrésistible.
 
Il est important et très utile que ce mouvement adopte à l’égard du gouvernement une attitude de conscience populaire qui se tient à distance mais observe, qui contrôle et qui définit les règles de ce contrôle de l’action de l’Exécutif. Il ne faut pas se positionner dans une posture de guerre, non, il importe que "Y en a marre" soutienne ce gouvernement s’il agit dans le bon sens, mais il faut aussi qu’il critique le gouvernement. 

Le Mouvement "Y en a marre" est entrain aujourd’hui malheureusement de lancer son ultime combat en se positionnant en alternative politique malgré son influence historique et symbolique.  
En effet, le sort de ce Mouvement risque d’être le même que celui qu’ont connu bien d’autres avant lui, un souvenir nostalgique et non cette conscience populaire qui pèse, qui intervient, qui agit et qui évalue les différentes phases en les critiquant ou en les soutenant. 

SADA DIALLO, SICAP DEBOUT