Révision constitutionnelle au Sénégal: les pouvoirs du Premier ministre renforcés

POLITIQUE
Lundi 22 Juin 2026

C'est une divergence technique majeure, mais hautement politique, qui s'invite au cœur des débats sur la révision constitutionnelle au Sénégal. Alors que le pays observe avec attention les réajustements institutionnels en cours, la proposition de loi constitutionnelle n°17/2026 déposée par les députés du PASTEF (majorité parlementaire) vient d'apporter des modifications substantielles au texte initial. Le cœur de cette mise à jour parlementaire ? Un renforcement sans précédent des prérogatives du Premier ministre, actuellement occupé par Ousmane Sonko.

Selon les révélations du quotidien Les Echos, si les députés de la majorité – sous la houlette d'Ayib Daffé – s'accordent avec l'exécutif sur de nombreux chantiers de fond, ils marquent une rupture nette concernant l’architecture même du pouvoir gouvernemental.
  L'article 57 : La ligne de démarcation entre la Présidence et l’Hémicycle La principale ligne de partage entre l'avant-projet initial de la présidence porté par Bassirou Diomaye Faye et la mouture réécrite par ses propres députés repose sur l’article 57 de la Constitution, qui fixe les attributions du chef du gouvernement.
Là où le Palais de la République prévoyait une formule prudente, déléguant uniquement au Premier ministre la possibilité de présider occasionnellement le Conseil des ministres ou de saisir la future Cour constitutionnelle, le texte de la majorité parlementaire opère un glissement visible vers un régime plus parlementaire.   Prérogatives selon l'avant-projet Présidentiel Extensions majeures exigées par les Députés du PASTEF • Présidence du Conseil des ministres sous délégation expresse Contrôle absolu de l'administration et nomination aux emplois civils définis par la loi • Saisine de la Cour constitutionnelle • Plein exercice du pouvoir réglementaire et exécution directe des lois   • Présidence automatique des Conseils interministériels et des réunions sectorielles   • Pouvoir autonome de délégation de compétences vers les ministres Un encadrement strict du Conseil des ministres et du contreseing La proposition législative des députés du PASTEF ne se contente pas d'élargir le domaine d'action du Premier ministre ; elle formalise juridiquement son autonomie face aux ministres. Le texte précise en effet que les actes réglementaires du Premier ministre seront désormais obligatoirement contresignés par les membres du gouvernement chargés de leur exécution.
De plus, si le Premier ministre est autorisé à présider le Conseil des ministres, cette prérogative est strictement balisée par les députés : elle nécessitera une délégation expresse du chef de l'État sur un ordre du jour préalablement et conjointement fixé par le président de la République. Le Palais face au texte : Un arbitrage attendu sous haute tension Cette initiative parlementaire autonome met en lumière une « ambivalence structurelle » au sein même du camp de la rupture. À ce stade, le Bureau de l’Assemblée nationale a officiellement confirmé avoir reçu l'avis obligatoire du chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, sur cette proposition de loi constitutionnelle révisée. Cependant, rien n’a encore filtré des conclusions ou des réserves émises par la présidence. Alors que le bureau de l'Assemblée nationale vient de juger le texte recevable pour une prochaine plénière, les regards restent fixés sur le sommet de l'État pour savoir si cette nouvelle répartition des pouvoirs débouchera sur un consensus ou s'il accentuera la recomposition politique en cours à Dakar.