Le secteur de l'habitat social au Sénégal traverse une zone de turbulences. Alors que le nouveau régime tente d'imprimer sa marque, les critiques fusent du côté des anciens gestionnaires. Bassirou Kebé, qui a dirigé la SN HLM jusqu'en 2024, ne cache plus son amertume face à ce qu'il qualifie de déconstruction des acquis.
« On ne gère pas une société nationale avec des slogans »
Lors de sa conférence de presse, Bassirou Kebé a pointé du doigt un manque de vision claire de la part de l'actuelle direction et du ministère de tutelle. Selon lui, la rupture prônée par les autorités actuelles se traduit sur le terrain par une paralysie inquiétante.
Le programme des 100 000 logements dans le viseur« Ce que nous voyons aujourd’hui, c’est une gestion par tâtonnement. On ne gère pas une société nationale de cette envergure avec de simples slogans de campagne. La SN HLM est un outil technique qui demande de la continuité, pas des ruptures brutales sans alternatives », a-t-il martelé.
L'ancien DG est particulièrement critique envers la remise en cause du programme phare de construction massive lancé sous l'ancienne administration. Pour lui, l'arrêt ou le ralentissement de certains chantiers est une erreur stratégique qui impacte directement le panier de la ménagère.
« Arrêter des chantiers en cours sous prétexte d'audits interminables est une faute de gestion. Chaque jour de retard est un coût supplémentaire pour le contribuable. En voulant tout balayer, ils sont en train de tuer le rêve de milliers de Sénégalais qui attendaient leurs clés », a-t-il ajouté.
Bassirou Kebé, qui s'exprime désormais avec une liberté de ton retrouvée, estime que la SN HLM est en train de perdre sa mission originelle de service public au profit d'une "politisation" de l'administration.
Une réplique attendue du côté de la SN HLM« Ma crainte est de voir la SN HLM redevenir une simple agence foncière alors que nous l'avions remise sur les rails de la construction effective. Il faut revenir à l'essentiel : loger le Sénégalais moyen à des coûts défiant toute concurrence », conclut-il.
Ces déclarations de l'ancien patron de la boîte n'ont pas manqué de faire réagir dans les couloirs de la société nationale. Si certains y voient le dépit d'un cadre remplacé, d'autres y voient une alerte sérieuse sur la santé financière et opérationnelle de l'institution.
Le débat sur le foncier et le logement social, sujet hautement inflammable au Sénégal, promet de rester au cœur de l'actualité politique de ce premier trimestre 2026.