Scandale SoftCare : Moussa Diallo, un haut responsable de l’ARP, dénonce tentatives de corruption et pressions hiérarchiques

SOCIETE
Lundi 22 Décembre 2025

L’affaire SoftCare, déjà au cœur d’une vive polémique sur la qualité des couches et serviettes hygiéniques fabriquées à partir de matières premières présumées périmées, connaît un nouveau tournant explosif. Dans un enregistrement audio d’environ six minutes, authentifié par L’Observateur, Moussa Diallo, directeur de l’Inspection pharmaceutique, de la Surveillance du marché et des Vigilances à l’Agence de régulation pharmaceutique (ARP), accuse des responsables de l’entreprise de tentatives de corruption et met en cause sa propre hiérarchie.

Selon les extraits publiés par le quotidien, Moussa Diallo affirme que des représentants de SoftCare se sont présentés à quatre reprises dans son bureau, munis de « valises remplies d’argent et de cadeaux », dans le but d’infléchir le rapport d’inspection qui met en cause l’entreprise.

« Ils sont venus à quatre reprises dans mon bureau… Ils m’ont proposé qu’on se voie discrètement dans un restaurant si j’avais d’autres demandes à formuler. J’ai tout refusé », déclare-t-il dans l’audio.

Le directeur de l’Inspection explique avoir systématiquement demandé à son assistante d’être présente lors de ces rendez-vous et rappelle que les caméras de surveillance de l’ARP peuvent, selon lui, corroborer ses propos. « Mon intégrité n’est pas à vendre. Il s’agit de la santé de nos femmes et de nos enfants », insiste-t-il, justifiant son refus de toute compromission.

Au-delà des accusations visant SoftCare, l’enregistrement met également en lumière un malaise profond au sein de l’ARP. Moussa Diallo reproche à sa hiérarchie non seulement de ne pas l’avoir soutenu, mais d’avoir, selon lui, tenté d’étouffer l’affaire. Il souligne une incohérence majeure : le 16 décembre, un communiqué officiel de l’ARP affirmait que les produits SoftCare étaient conformes aux normes et que les matières premières périmées n’avaient pas été intégrées dans la production, alors même que le rapport d’inspection incriminant l’entreprise n’a été formellement déposé que le 17 décembre.



« En tant que directeur de l’Inspection, c’est à moi de dire ce qui est conforme ou non. On ne peut pas déclarer une entreprise conforme avant même que le rapport d’inspection soit rédigé », déplore-t-il. Il affirme également qu’on lui aurait demandé de retirer ses rapports : « On m’a demandé de revenir sur mes conclusions. Mais je travaille pour la population, pas pour couvrir des irrégularités. »

Toujours dans l’audio, Moussa Diallo confie être désormais la cible de menaces émanant, selon lui, de sa propre hiérarchie. Malgré ces pressions, il affirme assumer pleinement ses actes et se dit prêt à faire face aux conséquences, au nom de la protection de la santé publique.

Interrogé par L’Observateur sur l’authenticité de l’enregistrement, l’intéressé a confirmé sans détour : « Je confirme, c’est moi. » Il ajoute que le ministère de la Santé s’est saisi du dossier et qu’une série d’auditions de responsables est en cours.

Ces révélations interviennent dans un contexte déjà lourd de suspicion autour de SoftCare et de l’ARP. La Section syndicale ARP/SAMES avait dénoncé, il y a quelques jours, une communication jugée contradictoire de la direction générale de l’Agence : suspension des activités de l’entreprise le 8 décembre pour utilisation présumée de matières premières périmées, puis communiqué rassurant le 16 décembre, sans explications techniques détaillées ni éclaircissements publics suffisants pour apaiser les inquiétudes.

Alors que de nombreuses consommatrices rapportent des effets indésirables présumés liés à l’usage des produits SoftCare et que des acteurs politiques et de la société civile réclament transparence et fermeté, cet enregistrement renforce le sentiment de crise de confiance autour de la régulation pharmaceutique au Sénégal.

En mettant en cause à la fois des pratiques supposées de corruption de la part d’un industriel et des pressions internes au sein de l’organe de contrôle, l’affaire prend désormais une dimension institutionnelle. Les prochains jours seront décisifs pour déterminer si les enquêtes annoncées permettront de faire toute la lumière sur ce dossier – et, surtout, de restaurer la confiance des citoyens dans les institutions chargées de protéger leur santé.