​Abdoulaye Niane à la DER/FJ : Pourquoi le choix de Diomaye Faye est un coup politique visant le bastion électoral de Touba

POLITIQUE
Jeudi 2 Juillet 2026

 

La nomination du Dr Abdoulaye Niane à la tête de la Délégation générale à l'Entrepreneuriat rapide des Femmes et des Jeunes (DER/FJ), actée lors du Conseil des ministres du mercredi 1er juillet 2026, dépasse de loin le simple cadre d'un réajustement technique de l'administration.
 
En évinçant Aïda Mbodj au profit de cet ancien banquier et expert fiscal, le Président Bassirou Diomaye Faye orchestre un coup politique magistral à triple bande.
 
Cette décision stratégique cible directement la cité religieuse de Touba, place forte électorale et bastion historique de Pastef, où le chef de l'État a décidé d'asseoir sa propre légitimité et de fortifier sa base politique en prévision des futurs arbitrages électoraux.
 

Né au cœur de la ville sainte de Touba

 


Pour mener à bien cette opération de charme et d'implantation en pays mouride, le choix du Palais ne s'est pas porté sur un technocrate hors-sol. Le Dr Abdoulaye Niane est né et a grandi à Touba, une filiation locale qui lui confère une proximite avec les autorités religieuses et les populations locales.
 
Son parcours académique et professionnel plaide d'ailleurs pour lui. Brillant lauréat du Concours général dans les années 1990, il sort major de sa promotion à l'École nationale d'administration (section Impôts et Domaines) en 2001.
 
Titulaire d'une bourse d'excellence Chevening de la Couronne britannique qui l'amène à l'Université de Birmingham, il valide ensuite un doctorat en droit à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis.
 
Inspecteur principal des impôts et des domaines de 2001 à 2014, enseignant-chercheur à l’Université Alioune Diop de Bambey, consultant pour la Banque mondiale et l'UEMOA, il sest passé à la tête de la Banque nationale pour le développement économique (BNDE).
 
Ce profil apporte à la direction de la DER/FJ une garantie d'orthodoxie financière indispensable au moment où l'État négocie au cordeau son cadrage macroéconomique avec le FMI.

La "trahison" de 2023



En 2019, lors de la première aventure présidentielle d’Ousmane Sonko, c’est lui, l'inspecteur des impôts sortis major de l'ENA, qui co-dirigeait la campagne des Patriotes aux côtés de l'ancienne cheffe de la diplomatie, Yacine Fall. Il était alors dans le saint des saints du "Projet", un compagnon de lutte idéologique.

Pourtant, en mars 2023, en plein cœur de la tempête et alors que le Pastef subissait les foudres du régime de Macky Sall, Abdoulaye Niane choisissait de franchir le Rubicon en acceptant la direction de la BNDE. Pour la base militante, ce choix fut vécu comme le summum de la félonie. Pendant que des figures comme Bassirou Diomaye Faye faisaient corps avec leur leader contre vents et marées, Niane préférait le confort des lambris dorés du pouvoir de l'époque.

Lorsque le régime a changé, son limogeage de la BNDE a résonné pour ses détracteurs comme un juste retour des choses, une sentence divine contre l'opportunisme. On l'imaginait s'en mordre les doigts, prisonnier d'un calcul politique totalement raté après la victoire éclatante de son ancien camp. C'était sans compter sur la complexité des dynamiques au sommet de l'État et la distance stratégique qui s'installe désormais entre le Palais et la Primature.

En le repêchant aujourd’hui pour lui confier la DER/FJ, le Président Diomaye Faye réalise un coup de billard qui laisse les observateurs stupéfaits. Pourquoi recycler un homme marqué du sceau de la trahison aux yeux des militants de la première heure ? Parce que dans la sourde guerre d'influence qui s'annonce pour le contrôle de la majorité, notamment dans le bastion crucial de Touba, tous les moyens sont bons. 


En lui donnant les clés du coffre-fort de l’entrepreneuriat rapide, Diomaye Faye n'offre pas seulement un lot de consolation à un rallié de la coalition « Diomaye Président » ; il parachute un missile à tête chercheuse pour court-circuiter l'hégémonie d'Ousmane Sonko dans une région qui dicte le tempo électoral du pays. La roue a tourné, en effet, et Abdoulaye Niane est bien décidé à prouver qu'en politique, les trajectoires rectilignes font rarement les grands destins.

 

Pourtant, c'est précisément ce passé tumultueux et cette rupture consommée qui font aujourd'hui d'Abdoulaye Niane l'allié idéal pour le Président Diomaye Faye. En officialisant son ralliement en novembre 2025 à la restructuration de la coalition « Diomaye Président » sous l'égide de l'ancienne Première ministre Aminata Touré, le natif de Touba a acté son divorce définitif d'avec la ligne dure de PASTEF.
 
 
 


La DER/FJ, une machine de guerre économique et de marketing politique

 
Dans la géographie politique sénégalaise, la DER/FJ n'est pas une agence comme les autres. Dotée de budgets conséquents et d'une agilité d'intervention unique, elle constitue le plus formidable outil de marketing politique et de massification populaire de l'État.

 
En finançant directement les groupements de femmes, les projets artisanaux, les start-ups et les initiatives des jeunes micro-entrepreneurs, la DER/FJ tisse un réseau d'influence et de dépendance économique direct avec la base électorale.

 
Confier une telle machine à un enfant de Touba qui a rompu avec Ousmane Sonko est un acte politique d'une grande portée. À Touba, où le tissu informel, le commerce et l'entrepreneuriat des jeunes dictent le rythme social, le Dr Abdoulaye Niane arrive les bras chargés de leviers de financement.

 
Il dispose désormais de toutes les cartes pour transformer la reconnaissance économique en capital électoral sonnant et trébuchant pour le compte exclusif du Président Diomaye Faye. Mais ce ne sera sans doute pas une tache facile parce qu'a la tete de la BNDE, il n'avait pas réussi a inverser la tendance en faveur de Macky Sall à Touba.

 
En essayant de neutraliser le monopole d'influence de Pastef dans la ville sainte, le Palais démontre qu'il maîtrise parfaitement la grammaire de la realpolitik sénégalaise et que la bataille pour le contrôle de la majorité présidentielle ne fait que commencer.