​Ali Larijani, le philosophe du régime iranien qu'Israel annonce avor tué

INTERNATIONAL
Mardi 17 Mars 2026

Ancien président du Parlement, négociateur nucléaire et pur produit de l’aristocratie théocratique iranienne, Ali Larijani est annoncé mort par plusieurs sources israéliennes après des frappes à Damas. Portrait d’un « conservateur pragmatique » qui incarnait la face policée mais inflexible de Téhéran.


www.lessentiel.sn: Dans l’échiquier complexe du pouvoir iranien, Ali Larijani n’était pas un pion, mais un cavalier. Capable de sauter les obstacles idéologiques sans jamais quitter le plateau de la révolution. Si les annonces de son élimination par Tsahal se confirment, c'est une pièce maîtresse de la "vieille garde" de Téhéran qui s'écroule, quelques mois seulement après la disparition d'Ebrahim Raïssi.

Kant et les Centrifugeuses

Né en 1957 dans la ville sainte de Najaf, en Irak, Ali Larijani est l'un des cinq fils d'un grand ayatollah. Chez les Larijani, le pouvoir est une affaire de famille : ses frères ont occupé les sommets de la justice et de l'administration.

Mais Ali, lui, avait ce petit supplément d'âme intellectuelle. Diplômé en mathématiques et docteur en philosophie occidentale, il citait Kant avec la même aisance qu'il maniait les dossiers du nucléaire.

Lorsqu'il devient le négociateur en chef sur le dossier atomique en 2005, il incarne cette image de l'Iran : cultivé, polyglotte, mais d'une fermeté de fer. À l'époque, il qualifiait les garanties demandées par l'Occident de « bonbons en échange d'un lingot d'or ».

Un pragmatisme mâtiné d'une morgue aristocratique qui irritait autant qu'elle imposait le respect à Vienne ou à Genève.

Le « Monsieur Loyal » du Parlement

Pendant douze ans (2008-2020), il préside le Majlis (le Parlement iranien). Son record de longévité. Dans ce chaudron où s'affrontent ultra-radicaux et réformistes, Larijani joue les arbitres.

Il est celui qui tempère les ardeurs des Gardiens de la Révolution sans jamais les trahir, et qui soutient l'accord nucléaire de 2015 tout en restant le conseiller de confiance du Guide Suprême, Ali Khamenei.

Mais en Iran, la roue tourne. En 2021, sa candidature à la présidentielle est rejetée par le Conseil des Gardiens. Trop modéré pour les radicaux, trop lié au système pour les progressistes : l’homme au bouc poivre et sel se retrouve soudainement sur une voie de garage.

Pas pour longtemps. Le Guide l'envoie rapidement en mission diplomatique sensible, notamment à Damas et Beyrouth, pour coordonner l'axe de la résistance.

Le dernier voyage à Damas



C’est précisément dans ce costume d’émissaire de l’ombre qu'Ali Larijani aurait trouvé la mort. Alors qu’Israël multiplie les frappes chirurgicales contre les têtes pensantes de l’influence iranienne au Levant, Larijani représentait une cible de choix. Non pas un militaire, mais le cerveau politique derrière les alliances régionales de Téhéran.

Si sa mort est confirmée, la République islamique perd son meilleur "explicateur". Un homme qui savait habiller la rhétorique guerrière de la théocratie dans les habits de la diplomatie classique.

Pour Israël, ce serait un coup porté au cœur de la réflexion stratégique iranienne. Pour Téhéran, c’est une nouvelle blessure dans une année 2024-2026 qui ressemble de plus en plus à un crépuscule pour les cadres historiques de la Révolution.