​Front social : Vague de débrayage de 72 heures au Sénégal, le gouvernement dénonce une grève « illicite » à l’approche des JOJ

SOCIETE
Jeudi 22 Octobre 2026


Le climat social connaît une surchauffe brutale au Sénégal. À l’appel du Front syndical pour la défense du travail (FSDT), une grève générale de trois jours s’est ouverte ce mercredi 21 octobre et se poursuit jusqu’au vendredi 23 octobre. Dénonçant le piétinement des accords sociaux et la cherté de la vie, le pôle syndical a engagé un bras de fer direct avec l’Exécutif, qui juge ce mouvement inopportun et menace de sanctions financières et disciplinaires.

Un cahier de doléances axé sur le pouvoir d'achat et la retraite
Portée par 13 des 24 centrales syndicales signataires du Pacte national de stabilité sociale du 1er mai 2025, cette mobilisation générale traduit une exaspération face aux lenteurs d'application des engagements de l'État.
 
Le FSDT met sur la table des revendications majeures :

Le relèvement de l'âge de la retraite à 65 ans ainsi qu'une refonte de la gouvernance de l'IPRES (Institution de prévoyance retraite du Sénégal) et de la Caisse de sécurité sociale (CSS).
 
La baisse immédiate des prix des denrées de première nécessité, de l'eau, de l'électricité et des carburants. La réintégration sans condition de tous les salariés licenciés.
 
« Nous ne reculerons pas. Le mot d’ordre de 72 heures de grève va s’opérer. La balle est dans le camp du gouvernement », a prévenu Mody Guiro, secrétaire général de la CNTS et président du FSDT.
 
La réplique du gouvernement : Grève déclarée illicite et menace de sanctions
Face à ce blocage, le ministère du Travail et de la Fonction publique a immédiatement riposté par voie de communiqué, contestant la légalité de la procédure. Selon les autorités, un préavis de grève unique déposé au seul ministère du Travail ne peut valablement couvrir l'ensemble des agents des différents ministères et secteurs d'activité.
 
Invoquant un calendrier hautement stratégique à quelques jours de l'ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ Dakar 2026) le 31 octobre, le gouvernement estime que « le patriotisme aurait dû imposer le respect de l'image du pays ». L'Exécutif réclame le report des négociations au mois de janvier 2027 et brandit le recours aux ponctions sur salaires et à des mesures disciplinaires contre les grévistes.

Éducation, santé et transports perturbés : Réquisitions et recours à l'armée
Dès son premier jour, le mot d'ordre a fortement perturbé le fonctionnement des écoles et des structures de santé à travers le pays. Pour contrecarrer la paralysie de la capitale et des grands axes, le Gouverneur de Dakar a délivré des réquisitions d'urgence :

Le Syndicat unique des travailleurs de l'électricité (Sutelec) dénonce une « réquisition abusive » ciblant la moitié du personnel, tout en saluant le fort suivi du débrayage dans les agences régionales.
 
À la société nationale Dakar Dem Dikk, la direction a fait appel aux forces armées pour conduire les bus et assurer les liaisons urbaines et interurbaines habituelles.
 
Malgré cette fermeté étatique, le FSDT s'est félicité du niveau de suivi du mouvement et a appelé ses troupes à maintenir la pression jusqu'au 23 octobre, fissurant encore un peu plus le pacte de stabilité sociale scellé un an plus tôt.