Le conflit politique au sommet de l'État sénégalais vient de franchir un nouveau cap d'intensité, se déplaçant du terrain des meetings vers l'arène des réseaux sociaux.
Quelques heures seulement après les déclarations incendiaires du président de l'Assemblée nationale, Ousmane Sonko, à Touba, la réponse de l'exécutif ne s'est pas fait attendre. Visé personnellement et menacé d'une destitution par son prédécesseur à la Primature, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a choisi de répliquer publiquement pour contester la légitimité morale des attaques dirigées contre son gouvernement.
L'accusation de « sabotage » lancée depuis Touba
À l'origine de cette nouvelle passe d'armes se trouvent les révélations explosives faites par Ousmane Sonko lors de la conférence consécutive à l'inauguration du siège de PASTEF-Touba. Le leader des « Patriotes » a publiquement mis en cause les orientations économiques du chef du gouvernement, affirmant détenir des informations sensibles sur sa gestion en coulisses.
« Selon des renseignements qui m'ont été rapportés, Al Amine Lô aurait déclaré, lors d'une réunion confidentielle, que sa priorité est désormais l'amélioration du climat des affaires. Ce qui signifie une volonté de répondre aux attentes des investisseurs et partenaires économiques occidentaux. »
Pour Ousmane Sonko, cette inflexion stratégique vers les partenaires occidentaux s'apparente à une trahison pure et simple des principes souverainistes du parti, qualifiant la posture du Premier ministre de véritable « sabotage » vis-à-vis du projet initial. Fort de sa majorité écrasante à l'Assemblée nationale, le président de l'Hémicycle avait alors brandi la menace d'actionner une série de motions de censure pour paralyser et bloquer l'action gouvernementale.
La riposte d'Al Aminou Lô : une pique doctrinale et linguistique
Face à ce coup de semonce qui fragilise l'attelage gouvernemental, Ahmadou Al Aminou Lô a publié sur son compte X (anciennement Twitter) une réplique particulièrement cinglante, articulée en deux temps pour rejeter toute forme d'hégémonisme idéologique de la part du PASTEF.
Dans un premier temps, le Premier ministre a attaqué la prétention de son adversaire à s'ériger en unique censeur de la fidélité à la nation :
« Patriotisme : « Chercher à faire du PATRIOTISME le monopole d'un seul camp revient, précisément, à le trahir. »
Pour donner un écho plus profond et populaire à sa défense, le chef du gouvernement a complété son message par un adage en wolof, ciblant de manière à peine voilée l'attitude et l'ego politique du leader de la majorité parlementaire :
« Gatt xèl weessu wul diapp né beugg sa reew, yaw rek yaako lamboo def ko farata »
(Le manque de hauteur d'esprit n'est rien d'autre que de croire que l'on est le seul à aimer son pays, à en détenir l'exclusivité et à en faire un impératif).
Une crise ouverte au cœur de l'exécutif
Cette confrontation directe entre le président de l’Assemblée nationale et le chef du gouvernement illustre la dégradation profonde des rapports au sein de la mouvance majoritaire. En s'attaquant au positionnement économique d'Al Aminou Lô sur le climat des affaires, Ousmane Sonko tente de le couper de sa base militante en le dépeignant comme un continuateur des politiques d'alignement d'hier.
À l'inverse, en opposant la pluralité du sentiment patriotique à la rhétorique exclusive du PASTEF, le Premier ministre pose les jalons d'une résistance institutionnelle.
Alors que le président Bassirou Diomaye Faye s'active de son côté à restructurer ses soutiens autour d'une nouvelle formation unifiée, le gouvernement semble désormais acter sa rupture avec l'aile radicale du Parlement, installant le Sénégal dans une cohabitation de fait au sein même du camp présidentiel.