​Le dilemme de Dakar face à l'aura encombrante de Macky Sall

INTERNATIONAL
Mercredi 4 Mars 2026

Par une froideur diplomatique qui confine au désaveu, le nouveau pouvoir sénégalais observe, immobile, l’ancien président Macky Sall solliciter les suffrages mondiaux pour le Secrétariat général de l’ONU sous la bannière… du Burundi. Entre calculs politiques intérieurs et prestige international, Dakar s'enferme dans une posture difficile et lourde de sens.

C’est une scène qui illustre la fin de l’élégance républicaine au profit d’une Realpolitik glaciale. En écrivant, dès le 5 février 2026, à son successeur Bassirou Diomaye Faye, Macky Sall pensait sans doute offrir une porte de sortie honorable au nouveau régime. En sollicitant l'appui de sa propre patrie avant de formaliser sa candidature, l'ancien chef d'État tentait d'éviter au Sénégal ce qui ressemble aujourd'hui à une humiliation diplomatique : voir l'un de ses fils les plus illustres parrainé par une puissance tierce, le Burundi.

Pourtant, la réponse de l'avenue Roume n'est jamais venue. Ce silence, que le ministre des Affaires étrangères Cheikh Niang tente aujourd'hui d'habiller en « usage diplomatique » et en « liberté individuelle », ressemble à s'y méprendre à un exil diplomatique forcé.

Un parrainage par procuration




Le fait que la lettre de candidature ait été déposée par la mission permanente du Burundi à New York est un camouflet pour la « marque Sénégal ». Historiquement perçu comme la « vitrine diplomatique » de l'Afrique de l'Afrique de l'Ouest, le Sénégal se retrouve spectateur de sa propre influence. Pour le régime de Diomaye Faye et de son premier ministre Ousmane Sonko, soutenir Macky Sall revient à donner une envergure planétaire à celui qu’ils ont combattu et qu’ils cherchent aujourd’hui à traduire devant les instances de reddition de comptes pour sa gestion passée.

En ne répondant pas à la lettre de l'ancien président, le pouvoir actuel fait un pari risqué. Il privilégie la satisfaction d'une base électorale assoiffée de rupture et de justice sur l'opportunité historique d'installer un Sénégalais au 38e étage du bâtiment de verre des Nations Unies.

La diplomatie du "wait and see"




La posture de Cheikh Niang sur les ondes de Sud FM — affirmant que la lettre est « encore sur la table » — relève d'une procrastination stratégique. Le gouvernement attend-il que les délais expirent pour invoquer une impossibilité technique ? Ou espère-t-il que la candidature s'effondre d'elle-même sous le poids des critiques des organisations de défense des droits de l'homme, qui n'ont pas oublié les tensions des années 2021-2024 ?


Il y a quelque chose de tragique dans cette situation où le Burundi se fait le champion d'un dirigeant sénégalais, alors que Dakar feint d'apprendre la nouvelle par la presse. En voulant éviter l'humiliation à son pays en sollicitant un soutien précoce, Macky Sall a paradoxalement souligné la profondeur de la fracture nationale.


Le prestige contre la rancœur




Si le Sénégal finit par ne pas soutenir son ancien président, il enverra un signal de division inédit au monde. Jamais, dans l'histoire des grandes candidatures internationales (de l'OMC à l'UA), un pays n'a laissé tomber l'un de ses ressortissants de ce rang.

Pour Bassirou Diomaye Faye, le dilemme est total : se montrer « magnanime » et « homme d'État » en parrainant son prédécesseur, au risque de décevoir ses partisans les plus radicaux, ou persister dans ce silence, au risque de voir le Sénégal perdre une occasion unique de diriger le monde, par simple rancœur domestique. À New York, les diplomates comptent les points ; à Dakar, on compte les silences.

Helene K