Alors que s'ouvre le procès très médiatisé de l'ancien garde des Sceaux Ismaïla Madior Fall devant la Haute Cour de justice, la société civile sénégalaise monte au créneau. Entre vives inquiétudes quant aux garanties d'un procès équitable et remise en question du bien-fondé des poursuites, les prises de position de figures majeures du débat public traduisent un malaise grandissant au sein du monde judiciaire et politique.
Un procès vidé de sa substance ? Le plaidoyer de Moundiaye Cissé
Pour le président de l'ONG 3D, Moundiaye Cissé, l'opportunité même de ce jugement interpelle. S'exprimant publiquement à la veille de la comparution, le défenseur des droits humains a tenu à apporter un témoignage appuyé en faveur de l'ancien ministre de la Justice.
Moundiaye Cissé estime en effet que la procédure a perdu l'essentiel de sa raison d'être, soulignant que le principal accusateur s'est rétracté avant d'être lui-même condamné par la suite pour tentative de corruption d'un magistrat. Témoignant de l'intégrité, de l'attachement au droit et du sens de l'État qui ont toujours caractérisé le parcours du constitutionnaliste, le leader de la société civile a formulé le vœu que la justice, agissant en toute indépendance et au vu des éléments désormais établis, lui permette de recouvrer rapidement la liberté.
L'absence de double degré de juridiction dans le collimateur de Babacar Ba
Sur le terrain strictement juridique et procédural, le constat dressé par Babacar Ba du Forum du Justiciable est tout aussi sévère. Dans une sortie publiée sur les réseaux sociaux, le juriste pointe du doigt une faille structurelle majeure de la Haute Cour de justice.
Il rappelle que le fonctionnement de cette juridiction d'exception viole les principes fondamentaux universels régissant le procès équitable, en particulier l'absence totale de double degré de juridiction.
Une fois la décision rendue par la Haute Cour, aucune voie de recours ou d'appel devant une instance supérieure n'est offerte à l'accusé. Pour Babacar Ba, cette carence d'équité procédurale entre en contradiction directe avec les engagements internationaux et régionaux souscrits par l'État du Sénégal en matière de protection des droits de la défense.
La Haute Cour de justice sous le feu des critiques
Ces prises de position conjointes réavivent le débat sur le rôle et la nature des juridictions d'exception au Sénégal. Alors que les projecteurs sont braqués sur la prestation de serment des membres de la Haute Cour et la conduite des débats, la pression monte sur l'institution judiciaire. Entre contestations procédurales et effondrement de l'accusation initiale, l'issue de ce procès constituera un test crucial pour l'État de droit et l'indépendance de la justice dans le nouveau paysage politique sénégalais.