​Thiès : la fresque de Pape Ibra Tall détruite, une onde de choc patrimoniale et politique

POLITIQUE
Jeudi 8 Janvier 2026

La ville de Thiès s’est réveillée ces derniers jours au centre d’une controverse nationale après la destruction d’une mosaïque murale du grand maître des arts plastiques Pape (Papa) Ibra Tall, située à la Place de France. Des images montrant des ouvriers réduisant l’œuvre en morceaux ont circulé sur les réseaux sociaux, déclenchant une vague d’indignation et relançant un débat sensible : comment moderniser l’espace urbain sans effacer la mémoire artistique d’une ville ?

Une œuvre emblématique, un symbole local


Dans son communiqué, la mairie elle-même décrit la fresque comme une œuvre « emblématique », fondatrice de l’espace public thiessois, profondément inscrite dans la mémoire collective. Cette dimension identitaire explique la charge émotionnelle du dossier : au-delà d’un décor, beaucoup y voient un repère culturel et un patrimoine vivant.

La réaction de l’État : « vive indignation » et demande d’explications

Le ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, Amadou Bâ, a réagi en exprimant sa « vive indignation », qualifiant l’acte d’atteinte à l’intégrité du patrimoine artistique et à l’héritage de l’un des créateurs majeurs du Sénégal. Il indique avoir officiellement saisi le maire de Thiès afin d’obtenir des clarifications sur les motifs, les conditions et le cadre décisionnel ayant conduit à la destruction.
Dans la foulée, le ministère a annoncé l’envoi à Thiès d’une mission composée de ses services compétents, chargée de rencontrer les autorités locales et administratives (maire, gouverneur, préfet) ainsi que la direction des Manufactures sénégalaises des arts décoratifs (MSAD), afin de faire la lumière sur les circonstances de l’acte.

La mairie plaide la “réhabilitation” et promet une « restitution intégrale »


De son côté, la municipalité reconnaît que l’œuvre a été détruite dans le cadre d’un programme de rénovation et de requalification de la Place de France, mais affirme qu’il s’agit d’une opération de réhabilitation “soigneusement encadrée”, avec la promesse d’une « restitution intégrale » « dans le strict respect de l’œuvre originale, de son sens, de sa symbolique et de l’héritage artistique de son auteur ».
Le maire Babacar Diope précise que l’initiative sera conduite par les MSAD, institution implantée à Thiès depuis les années 1960 et présentée comme une référence en matière de création, conservation et restauration d’œuvres majeures. Elle évoque également des études techniques, artistiques et patrimoniales préalables, menées par des équipes spécialisées.

Une polémique amplifiée en ligne, terrain fertile aux récits concurrents
Dans l’espace public et sur les réseaux sociaux, l’épisode a été rapidement requalifié en symbole : pour certains, il illustre une “modernisation” brutale ; pour d’autres, il révèle un défaut de concertation et de gouvernance culturelle. La presse a relayé une indignation grandissante, certains parlant d’un véritable “massacre” patrimonial.
Dans une dynamique typique des controverses patrimoniales, les images virales ont créé un effet d’accélération : la séquence a suscité des interprétations parfois contradictoires avant même que toutes les explications officielles ne soient consolidées. Entre les accusations d’effacement culturel et la version municipale d’une restauration à venir, le débat se joue désormais sur un point central : la preuve, dans les faits, d’une restitution conforme et encadrée.

Entre modernisation urbaine et mémoire collective
Au-delà du choc, l’affaire pose une question de fond : comment articuler les politiques d’aménagement avec la protection du patrimoine artistique dans l’espace public ? À ce stade, l’État annonce une mission d’éclaircissement et la mairie promet une restauration intégrale. L’issue du dossier dépendra autant des décisions techniques (conditions de restitution) que de la capacité à reconstruire la confiance entre autorités, artistes et citoyens.