Une conférence de presse sous haute tension
Dans une atmosphère décrite comme électrique, militants, sympathisants et journalistes se sont retrouvés face à une direction de parti déterminée à donner une dimension politique assumée à l’affaire Farba Ngom. D’entrée, Seydou Guèye a fixé le cadre : pour l’APR, ce dossier ne relèverait plus uniquement de l’application du droit, mais d’un rapport de force entre l’ancien pouvoir et la nouvelle majorité.
Le porte-parole a parlé d’« hérésie juridique » et d’un traitement qu’il juge « différencié » et injustifié. Derrière les formules, le message est clair : l’APR veut convaincre l’opinion que la détention de Farba Ngom dépasse la stricte logique procédurale et s’inscrit dans une dynamique de règlement de comptes.
L’argument central : une rupture d’égalité devant la justice
Le point d’appui principal de l’APR repose sur une question présentée comme décisive : comment expliquer, selon elle, que deux personnes inculpées pour les mêmes chefs d’accusation ne soient pas traitées de la même manière par la justice ?
« Comment comprendre que deux personnes inculpées pour les mêmes chefs d’accusation soient traitées de manière diamétralement opposée ? », s’est indigné Seydou Guèye devant la presse. Dans la même séquence, il a néanmoins salué la libération sous contrôle judiciaire de Tahirou Sarr, présenté comme co-accusé du maire d’Agnam, tout en estimant que cette décision devrait, par cohérence, ouvrir la voie à un traitement similaire pour Farba Ngom.
Cette comparaison, martelée durant la conférence, vise à transformer la question de la détention en débat public sur l’égalité devant la justice — un principe fort, facile à entendre et potentiellement mobilisateur au-delà des cercles militants.
La piste d’une libération sous contrôle judiciaire
Au-delà de la dénonciation, l’APR avance une solution : une libération assortie de garanties de représentation. Seydou Guèye affirme que, sur le plan légal, « rien ne s’oppose » à une telle mesure. Il évoque également l’état de santé du détenu, décrit comme préoccupant, pour renforcer l’urgence d’un réexamen.
En filigrane, le parti met en cause la nécessité même de la détention provisoire, suggérant que d’autres options procédurales permettraient d’assurer le bon déroulement de l’instruction sans maintenir Farba Ngom derrière les barreaux.
De l’affaire individuelle au procès politique
Mais c’est surtout la manière dont l’APR élargit le dossier qui a marqué les esprits. Seydou Guèye ne se limite pas à contester une décision : il construit un récit. Pour lui, la justice serait instrumentalisée dans une logique de « vendetta », alimentée par un sentiment de « haine » et débouchant sur une « justice des vainqueurs ».
Dans une déclaration aux accents graves, il a averti que cette dynamique représenterait une menace directe pour la cohésion nationale et le « vouloir vivre-ensemble » sénégalais. « Ce n’est plus une affaire judiciaire, c’est de l’acharnement », a-t-il insisté, avant de qualifier la décision de maintien en détention de « honteuse et scandaleuse », estimant qu’elle « ébranle les piliers de notre République ».
Un appel à la « résistance » et un affrontement politique assumé
En durcissant le vocabulaire, l’APR franchit un cap. Le parti parle désormais du pouvoir Pastef comme d’un « régime totalitaire » et appelle à la défense des « valeurs démocratiques » et de l’« État de droit ». L’objectif est double : resserrer les rangs autour de Farba Ngom, et transformer son cas en symbole politique, susceptible d’incarner, aux yeux du parti, les dérives qu’il attribue au nouveau pouvoir.« L’APR a réitéré son soutien total à Farba Ngom », et exige sa « libération immédiate » au nom d’un « Sénégal indépendant et libre ». En d’autres termes, le parti ne se contente pas de plaider un réaménagement de la mesure : il exige un geste fort, tout en préparant le terrain à une confrontation plus large.
Une bataille judiciaire doublée d’une bataille d’opinion
Avec cette sortie publique, l’APR semble chercher à déplacer le centre de gravité : du dossier pénal vers le débat démocratique. Dans un contexte de transition politique, le parti de l’ancien président tente de convaincre que l’État de droit est en jeu, et que l’affaire Farba Ngom illustre une tendance plus générale.
Reste que, dans l’espace public, deux lectures coexistent souvent dans ce type de dossiers : celle de l’opposition, qui dénonce une instrumentalisation politique, et celle du pouvoir ou des partisans de la procédure, qui insistent sur l’indépendance de la justice et la nécessité de laisser les institutions travailler. Entre ces deux récits, l’opinion arbitre, au gré des éléments disponibles, des décisions de justice, et de la capacité des acteurs à imposer leur interprétation.
