Une descente policière au cœur d'une rédaction
Les éléments de la Division Spéciale de Cybersécurité ont fait irruption dans les locaux de Fegnal Digital afin d'interpeller trois chroniqueurs influents, à savoir Mandoumbé Diop, alias « Lamignou Darou », Oustaz Thiep et Ndiaye Touba.
Placés en garde à vue à la suite d'une autosaisine du procureur de la République, ces trois intervenants sont poursuivis pour des propos jugés offensants à l'encontre du président de la République, Bassirou Diomaye Faye.
Cette intervention directe des forces de l'ordre au siège d'un organe d'information a immédiatement soulevé des questions sur les modalités de convocation et d'arrestation des acteurs des médias.
Le cri d'alarme du SYNPICS pour la protection des rédactions
Face à la méthode employée, le Bureau exécutif du SYNPICS s'est fendu d'un communiqué officiel pour exprimer sa vive préoccupation. Tout en réaffirmant son attachement au respect des lois et règles de déontologie, l'organisation syndicale a déploré la multiplication des descentes de police au sein même des entreprises de presse.
Selon le SYNPICS, de telles pratiques installent un climat d'insécurité permanente chez les professionnels de l'information et perturbent l'activité quotidienne des structures médiatiques.
S'adressant directement au garde des Sceaux et ministre de la Justice, le syndicat a rappelé que la recherche d'infractions ne doit pas porter atteinte au fonctionnement normal des organes d'information.
Le SYNPICS a précisé que les enquêteurs disposent de voies légales et de procédures de convocation permettant d'entendre les personnes visées en dehors de leur cadre de travail, sans pour autant paralyser les rédactions ni créer un sentiment d'intimidation.
Une opinion publique et une profession divisées
Malgré le caractère institutionnel du rappel à la règle publié par le SYNPICS, ce texte a déclenché une vague de réactions contradictoires dans l'espace public.
D'un côté, de nombreux détracteurs accusent le syndicat de faire preuve d'un corporatisme déplacé. Ces voix soutiennent que les personnes interpellées agissent principalement en qualité d'activistes ou de militants politiques plutôt que de journalistes professionnels soumis au Code de la presse.
Selon cette perspective, le respect dû aux institutions républicaines et la lutte contre les dérives sur les plateformes numériques doivent primer sur toute autre considération.
D'un autre côté, de nombreux défenseurs de la liberté d'expression et professionnels des médias ont salué la fermeté du syndicat. Pour ces derniers, l'enjeu ne réside pas dans le soutien au contenu des propos tenus par les chroniqueurs, mais dans la défense du principe d'inviolabilité relative des rédactions.
Accepter que les forces de l'ordre fassent irruption dans les studios de télévision ou de radio constituerait, selon eux, un précédent préjudiciable pour l'ensemble du paysage médiatique sénégalais.
