Portée par les figures de proue de la majorité, la réplique accuse le président Bassirou Diomaye Faye de se dédire pour fuir le verdict des urnes et prédit un rejet cinglant de son recours par les « Sages ».
Le feuilleton politico-juridique qui tient le Sénégal en haleine vient de franchir un nouveau cap. Alors que l'avocat du Président de la République déposait un recours pour contester la régularité de la loi de révision constitutionnelle n° 18/2026 votée le 29 juin dernier, l'appareil législatif du PASTEF a immédiatement sonné la charge.
Dans un texte signé de concert par les députés Ayib Daffé, Abdoulaye Tall, Fatma Mbodj, Abdoulaye Sow, Awa Sonko et Anne Marie Yacine Tine, la majorité parlementaire pilonne la stratégie du Palais.
Un chef de l'État qui « se dédit » pour éviter les urnes
Pour les parlementaires de la majorité, la démarche présidentielle s'apparente à une manœuvre d'esquive politique. Ils rappellent que le chef de l'État avait pourtant formellement notifié, par écrit, son intention de soumettre cette révision au peuple sénégalais, une position d'ailleurs réitérée de vive voix par le ministre de la Justice devant l'hémicycle.
Le revirement vers le Conseil constitutionnel est donc perçu comme une trahison des engagements initiaux :
« Le Président de la République s'est dédit pour saisir le Conseil constitutionnel à l'effet d'invalider l'ensemble du texte. [...] Contrairement à son engagement, il enterre définitivement l'arbitrage du peuple souverain par la convocation d'un référendum, dont il se soustrait pour éviter une débâcle électorale prévisible et cuisante. »
En clair, le PASTEF accuse ouvertement Bassirou Diomaye Faye de souffrir d'un déficit de légitimité populaire et de s'abriter derrière les juges pour ne pas affronter le verdict direct des électeurs.
Le piège juridique : Les députés y voient une approbation implicite
Au-delà de la charge politique, les députés du PASTEF ont développé une contre-argumentation juridique pointue.
Selon eux, en introduisant ce recours contre la loi de révision, le président de la République commet un aveu implicite : il reconnaît que le texte a bel et bien franchi toutes les étapes de sa validation.
Les parlementaires s'appuient sur une ligne de défense institutionnelle précise.
Ils rappellent la jurisprudence constante du Conseil constitutionnel selon laquelle l’adoption d’un texte à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés par l'Assemblée réalise à la fois son adoption et son approbation définitive.
Pour le groupe parlementaire, une telle saisine ne peut réglementairement intervenir que lorsque la procédure législative est totalement close, ce qui valide de facto l'état d'achèvement de la loi contestée.
Cap sur les « Sages » : La majorité prédit un rejet total
Sûrs de leur fait, les artisans de la proposition de loi de révision constitutionnelle affichent une sérénité totale quant à l'issue de ce bras de fer.
Ils qualifient d’ailleurs d'« extrême faiblesse juridique » les arguments techniques et les clés USB de preuves balistiques envoyés par la présidence aux magistrats.
Pour la majorité parlementaire, l'épilogue ne fait aucun doute : le Conseil constitutionnel rejettera la requête présidentielle sous huit jours, ce qui « ouvrira ainsi l'étape finale de sa promulgation ».
À travers cette guerre de communiqués à haute intensité, le Sénégal s'installe durablement dans une crise institutionnelle au sommet, où chaque pouvoir accuse l'autre de violer les règles du jeu démocratique. Les huit prochains jours s'annoncent décisifs.
