Dame Mbodj : « L’année blanche est inévitable… »

EDUCATION
Samedi 16 Mai 2020

La décision prise par le gouvernement de faire reprendre les cours pour les classes d’examen le 2 juin ne fait pas l’unanimité chez les acteurs de l’éducation. S’inscrivant à contre-courant de cette mesure, Dame Mbodj, secrétaire général du Cusems authentique et coordonnateur du G20, estime qu’il est trop tard pour sauver l’année scolaire…


Dame Mbodj : « L’année blanche est inévitable… »
Le Témoin : Monsieur le secrétaire général, que pensez-vous de la décision de l’Etat de faire reprendre les cours le 2 juin prochain pour les élèves en classes d’examen ?
 
Dame Mbodj : Nous l’avons accueillie avec beaucoup de surprise. Je rappelle que nous avons été les premiers à proposer la reprise des cours depuis le 13 avril 2020. C’est pourquoi, nous n’avons pas compris ce retour en arrière des autorités alors que notre proposition avait fait l’objet de plusieurs critiques car jugée impertinente. Mais ce que nous ne comprenons surtout pas, c’est pourquoi vouloir attendre le 2 juin prochain pour son application ? J’estime que si l’Etat est dans une logique de sauver l’année scolaire, il doit agir vite et dès maintenant, comme nous l’avions souhaité mais il faut comprendre nos Etats. Ils fonctionnent à partir du calendrier que la France leur impose. A preuve, c’est lorsque le Premier ministre français a annoncé qu’ils vont valider leur année scolaire que le Sénégal a pris la même décision. Encore une fois, je ne trouve pas l’explication de programmer la reprise dans un mois alors que le temps n’attend pas. Nous avons déjà perdu cinq mois, si vous y ajoutez un autre mois, les chances de sauver l’année s’anéantissent.
 
Que faut-il faire ?
 
Comme les autorités n’ont pas voulu appliquer notre proposition dès le début, deux possibilités s’imposent dès lors : soit décréter l’année blanche, ce qui est écarté puisque la France l’a écarté, ou alors valider l’année, en permettant aux élèves des classes d’examen de reprendre les cours, en leur faisant respecter les gestes barrières, comme la distanciation sociale, le port des masques, le lavage des mains. Pour les autres classes, nous aurons le temps de trouver une formule d’ici décembre. Donc, nous sommes d’accord pour la reprise, mais nous nous opposons à son report jusqu’au 2 juin.
 
En quoi cette date vous pose-t-elle problème ?
 
Vous savez qu’on a déjà perdu deux mois dus aux grèves et deux autres mois à cause de la pandémie. Si vous y ajoutez un autre mois, l’année est perdue. Il y a aussi le cas des élèves de terminale qui ne pourront pas passer leurs examens au-delà du mois d’août, surtout pour ceux qui doivent voyager. Donc programmer la reprise pour le 2 juin prochain, c’est décréter l’année blanche, car elle ne pourra plus être sauvée techniquement et pédagogiquement. La seule formule qui s’impose, c’est d’agir tout de suite et maintenant.
 
Le ministère de l’Education nationale a lancé le projet « Apprendre à la maison» à partir de la télévision Canal Education, la Rts, l’internet et les radios communautaires. N’est-ce pas une opportunité pour combler le temps perdu ?
 
Il faut respecter les Sénégalais. Le projet dont vous parlez ne peut pas se réaliser dans un pays où la couverture nationale en électricité et en internet n’est pas effective. L’autre contrainte est liée aux cours qui seront disponibles sous forme de photocopies. Mais dites-moi qui va expliquer ces cours aux élèves ? Je pense que si une telle approche pédagogique était possible, l’Etat n’aurait pas besoin de recruter des enseignants, de les former et de les payer. Donc, je considère que c’est un projet ridicule, démagogique et qui ne signifie absolument rien du tout.
 
Dans un contexte de pandémie où les cas positifs au coronavirus ne cessent d’augmenter, n’est-ce pas exposer les élèves que de les faire retourner à l’école ?
 
Je ne suis pas d’accord avec ceux qui pensent que les cas enregistrés ont augmenté. J’estime que c’est le nombre de tests réalisés qui a connu une hausse. Pour ce qui est des craintes que vous évoquez, je pense que si toutes les mesures d’accompagnement sont appliquées, on pourrait gérer la situation sans exposer les élèves. Mais pour dire vrai, je ne vois pas comment cette année peut être sauvée vu le retard de six mois enregistré. Si l’Etat avait appliqué notre proposition depuis deux mois, on n’en serait pas là. Mais, il a fait la sourde oreille.
 
Donc, d’après vous, cette année scolaire pourra-t-elle être valide ?
Vous savez que la validation de l’année scolaire est une décision politique donc relevant des prérogatives du président de la République. Cela n’a rien à voir avec le quantum horaire ou des aspects pédagogiques. De ce fait, lui seul peut valider l’année ou la déclarer blanche. Il ne faut pas rêver ou essayer de tenter l’impossible car cela ne servira à rien, si ce n’est valider une année invalide. Ce qui va créer une situation catastrophique puisque les élèves vont passer en classe supérieure sans avoir le niveau requis.
 
Il vous est souvent reproché votre virulence envers les autorités du fait que vous ne siégez pas à la table de négociations
?
On me fait un mauvais procès. Ceux qui me connaissent savent que j’ai toujours assumé mes positions même avant les élections de représentativité. Je n’ai jamais cherché à collaborer avec un gouvernement ou un ministre. Participer à des négociations qui ne peuvent pas régler le problème des enseignants ne m’intéresse pas. Qu’est-ce que je gagne en rencontrant des autorités qui ne respectent jamais leurs engagements ? Je considère que le plus important, c’est le travail que nous abattons sur le terrain. Et à ce niveau, personne ne défend mieux que nous les intérêts des enseignants qui m’ont d’ailleurs plébiscité, à travers les réseaux sociaux, comme le meilleur syndicaliste de l’année. Je n’ai pas besoin de nombre pour faire bouger les lignes. A chaque fois qu’une question s’est posée dans le domaine de l’éducation, le Cusems Authentique que je dirige a fait des propositions pertinentes. Maintenant, si le discours de

Dame Mbodj dérange, je suis désolé, je ne suis pas dans les invectives mais dans les contre-propositions. Le dernier exemple, c’est lorsque nous avons parlé de « Reprise en trois temps » pour sauver l’année, l’Etat a lancé son projet « Apprendre à la maison ». Au finish, c’est ce que nous avions proposé qui a été adopté, avec malheureusement du retard. Et c’est vraiment regrettable !
 
Le Témoin
 

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