C’est un nom que l’on murmure plus qu’on ne l’écrit dans les couloirs de l'Assemblée des experts. Mojtaba Khamenei, 56 ans, n'est plus seulement le fils du « Guide » ; il en est devenu l'architecte et, pour beaucoup d'observateurs, l'héritier désigné.
Sa trajectoire, passée de la discrétion absolue des bureaux du Beyt (la maison du Guide) à une exposition politique croissante, marque un tournant dynastique inédit pour la République islamique née en 1979 de l'abolition de la monarchie.
Le « gardien du temple » sécuritaire
Né en 1969, Mojtaba Khamenei a forgé son pouvoir loin des caméras, au cœur du complexe militaro-industriel iranien. Son influence sur les Gardiens de la révolution (Pasdaran) et les milices Basidj est de notoriété publique. On lui prête un rôle décisif dans le broyage des mouvements de contestation, de la « vague verte » de 2009 aux soulèvements plus récents de 2022.
Pour les faucons du régime, il est l’homme de la continuité, celui dont le « moral d’acier » garantit que le système ne vacillera pas face aux pressions de la rue ou des chancelleries occidentales.
L'onction de Qom
Mais en Iran, le sabre ne suffit pas sans le turban. Pour prétendre au titre de Guide suprême, Mojtaba Khamenei a dû entamer une mue théologique. Ces dernières années, il a multiplié les enseignements dans la ville sainte de Qom, cherchant à obtenir le rang de Grand Ayatollah, condition sine qua non pour diriger la théocratie.
Cette quête de crédibilité religieuse vise à faire taire les critiques internes qui voient dans sa possible nomination un retour déguisé au principe de l'hérédité, celui-là même que son père et Rouhollah Khomeini avaient combattu chez le Shah.
Une ligne de fracture géopolitique
L’arrivée de Mojtaba Khamenei au premier plan intervient dans un climat de tensions extrêmes avec l'Occident.
Sa vision, ancrée dans une méfiance viscérale envers Washington et une alliance stratégique avec l'Est, laisse présager un durcissement de la posture iranienne :
- Sur le nucléaire : Une sanctuarisation accrue du programme national.
- Régionalement : Un soutien indéfectible à l'« axe de résistance ».
- Socialement : Une fermeture hermétique aux revendications libérales de la jeunesse iranienne.
Le destin de Mojtaba Khamenei est désormais lié à celui d'un pays à la croisée des chemins. Entre la tentation d'une présidence à vie et la nécessité de réformer un système à bout de souffle, le nouveau « Mujahid » de Téhéran sait que sa légitimité se jouera autant dans les séminaires de Qom que dans la capacité du régime à contenir les aspirations d'une population qui, elle, ne parle plus toujours d'une seule voix.
