Une affaire vieille de 18 ans pour justifier l’interpellation
Le motif invoqué par les autorités surprend par son ancienneté. L’ancien Premier ministre est visé par une plainte pour escroquerie déposée par une ancienne militante du RNB, Baba Ramatou. Les faits remonteraient à mai 2008, lors de l'organisation de la 9e édition de la Fête des cultures à Libreville.
À l'époque, certains prestataires s'étaient plaints de factures impayées pour un montant avoisinant les 5 millions de francs CFA (environ 7 600 euros). Si le préjudice financier paraît dérisoire au regard de la stature de l’homme politique, c’est le timing qui interroge. Son avocate, Me Gisèle Eyue Bekale, pointe une impossibilité juridique : avec des délais de prescription de 3 ans pour les délits et 10 ans pour les crimes au moment des faits, cette affaire ne devrait, en théorie, plus pouvoir faire l'objet de poursuites.
Le « poil à gratter » de la Transition
Depuis le coup d'État du 30 août 2023, Alain-Claude Bilie-By-Nze a refusé de s'effacer. Arrivé deuxième lors de la présidentielle d'avril 2025 (avec 3 % des voix face aux 95 % du général Oligui Nguema), il s'est imposé comme la voix la plus critique du nouveau régime.
Ces dernières semaines, il avait multiplié les sorties virulentes sur les réseaux sociaux, s'attaquant notamment :
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Aux nouvelles ordonnances jugées liberticides.
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À la réforme du Code de la nationalité.
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À la gestion de la transition, qu'il accuse de vouloir museler toute contradiction.
Pour ses proches, cette arrestation n'est rien d'autre qu'une manœuvre pour neutraliser un adversaire gênant. Sa formation politique, l'EPG, dénonce déjà une « atteinte grave à l’État de droit ».
Un climat de tension permanente
L’ancien Premier ministre affirmait récemment se sentir menacé. Régulièrement accusé par le pouvoir actuel d'être le dernier pilier de l'ère Bongo et de maintenir des liens avec l'ancienne famille présidentielle en exil, il était sous surveillance étroite.
Cette arrestation intervient dans un contexte politique charnière pour le Gabon, où la transition semble durcir le ton face aux contestations. Si le pouvoir de Libreville insiste sur le caractère judiciaire de l'affaire, l'opinion publique, elle, y voit le signe d'un rétrécissement de l'espace démocratique.
Le sort d’Alain-Claude Bilie-By-Nze sera désormais scruté de près par les organisations internationales et les défenseurs des droits de l’homme, alors que la question de la durée de la détention et de la recevabilité de la plainte reste au cœur des débats juridiques.

