Le spectre de la « loi de circonstance »
Pour l'opposition, le diagnostic est sans appel : il s'agit d'une loi « taillée sur mesure ». Si la majorité défend une volonté de corriger des dispositions jugées liberticides et injustes, ses détracteurs y voient une instrumentalisation de l'Assemblée nationale pour régler un cas personnel.
Interpellé ce jeudi 16 avril en marge de la 3e édition de l'Agora/Penc, Alioune Tine, fondateur d'Afrikajom Center, a jeté un pavé dans la mare en soulignant les failles de la méthode actuelle.
Deux écueils majeurs : Consensus et Procédure
Selon Alioune Tine, la démarche de la majorité se heurte à deux obstacles fondamentaux : la rupture de la tradition consensuelle et la préséance de l'Exécutif.
« Depuis 1992, toutes les lois portant sur l’élection et la démocratie doivent émaner d’un consensus », rappelle-t-il. Pour le défenseur des droits humains, toucher au Code électoral de manière unilatérale est une ligne rouge qui fragilise la stabilité démocratique du pays.
Plutôt qu'une proposition de loi parlementaire perçue comme un forcing, Alioune Tine suggère aux députés de privilégier la voie des projets de loi émanant directement de la Présidence de la République.
« Une fois sur la table de l’Assemblée, les députés pourront les amender pour qu’on puisse tous aller dans la même direction », propose-t-il pour apaiser les cœurs.
L'inclusion, mais pas à n'importe quel prix
Si Alioune Tine émet des réserves sur la forme, il reste fidèle à ses convictions sur le fond. Le militant milite ardemment pour le « principe de l’inclusion ». Pour lui, l'exclusion politique n'est plus une option pour le Sénégal de 2026 :
« Je pense aujourd’hui que tous les leaders politiques qui sont légitimes doivent pouvoir participer à la compétition électorale. C’est ma position de principe et je ne suis pas d’accord pour l’exclusion de qui que ce soit. »
Cette sortie d'Alioune Tine intervient à un moment charnière où le nouveau régime cherche à asseoir son autorité tout en honorant ses promesses de rupture. En recommandant d'attendre les projets de loi présidentiels, il offre une porte de sortie honorable au pouvoir : transformer une "loi pour Sonko" en une "réforme globale pour la démocratie".
Reste à savoir si les parlementaires de Pastef sauront entendre cet appel au dialogue ou s'ils choisiront de maintenir la cadence, au risque de crisper davantage un climat politique déjà électrique.
