La première séance de concertation sur la révision du Code électoral, convoquée ce jeudi par le ministre de l’Intérieur Bamba Cissé, a tourné au bras de fer. Entre méfiance généralisée, critiques sur la neutralité du ministre et colère après le vote des articles L.29 et L.30, le dialogue entame une marche forcée dans un climat électrique.
Ce qui devait être une prise de contact apaisée a rapidement révélé l’ampleur du fossé séparant le pouvoir de l’opposition et d’une partie de la société civile. Si le ministre a tenté de jouer la carte de la sérénité, les griefs soulevés par les participants n'ont laissé que peu de place aux amabilités.
La « charrue avant les bœufs » : Un dialogue sous le fait accompli
Le reproche majeur adressé au gouvernement est celui de la précipitation. Pour de nombreux acteurs politiques, engager des concertations alors que les conditions d’un climat serein ne sont pas réunies est une erreur de méthode.
« On ne peut pas prétendre consulter la classe politique lorsque des dispositions fondamentales viennent d’être adoptées sans elle », ont fustigé plusieurs voix.
Le point de rupture cristallise sur le vote, intervenu mardi dernier à l’Assemblée nationale, des articles L.29 et L.30 du Code électoral. Ce « passage en force » législatif, à la veille même de la rencontre, a été perçu comme une incohérence majeure et une « régression démocratique ».
La neutralité de Bamba Cissé sur la sellette
Au-delà des textes, c'est l'homme qui organise le scrutin qui inquiète. La proximité notoire de Bamba Cissé avec le Premier ministre Ousmane Sonko a été ouvertement critiquée.
Plusieurs participants ont plaidé pour :
- La désignation d’une personnalité neutre à la tête de l’organisation des élections.
- Une stricte neutralité républicaine du ministre de l’Intérieur.
- Une mise à l'écart des émotions dans les déclarations officielles.
Les partis politiques : Une espèce en danger ?
Le débat a également glissé sur le terrain de la survie des formations partisanes. Assane Dia, de la coalition Diomaye Président, a exprimé son inquiétude face à ce qu'il perçoit comme une hostilité de l'État envers les partis politiques au profit des mouvements citoyens.
Enjeu Préoccupation des acteurs politiques
- Financement Nécessité de financer l'ensemble des entités participant à la vie démocratique.
- Inclusivité Éviter de fragiliser les partis au profit des associations.
- Rationalisation Interrogations sur la faisabilité financière du couplage de plusieurs scrutins.
La réponse de Bamba Cissé : Calme et promesses de suivi
Face à ce déluge de critiques, le ministre de l’Intérieur a choisi de ne pas alimenter l'incendie. Saluant la mobilisation comme un signe de la vitalité du dialogue sénégalais, il a rappelé que cette séance était avant tout une étape d'information.
Entouré d'experts tels que Birame Sene (DGE), Ibrahima Dieng (DAF) et du président de la CENA, Bamba Cissé a tenu à saluer la présence d'anciens ministres comme Aly Ngouille Ndiaye, louant son « esprit républicain ».
L'engagement du Ministre :
Cette rencontre ne sera pas la dernière. Des échanges réguliers pour recueillir les critiques et suggestions. Une « porte ouverte » pour les formations absentes.