Alors que le Premier ministre Ousmane Sonko écarte l’hypothèse d’une restructuration de la dette, jugée inopportune, une voix d’économiste se démarque et assume une position inverse : Pr Amath Ndiaye estime que la restructuration peut constituer un outil utile — à condition d’être intégrée à un dispositif global de stabilisation.
Ce que Pr Ndiaye met sur la table
Dans une réflexion relayée par la presse, Pr Ndiaye rappelle qu’une restructuration n’est pas un simple “réaménagement technique”. À la différence du reprofilage ou de la gestion active (qui jouent surtout sur le calendrier et les conditions de financement), une restructuration peut permettre, selon lui :
- une réduction des taux d’intérêt,
- un allongement significatif des maturités,
- des périodes de grâce,
- et, si nécessaire, une décote (“haircut”) sur la valeur nominale de la dette.
Autrement dit, l’objectif serait de desserrer l’étau du service de la dette, en rendant les remboursements plus compatibles avec les capacités budgétaires du pays.
Mais “cela ne suffit pas” : les trois conditions posées
Pr Ndiaye insiste : une restructuration isolée ne réglerait pas durablement le problème. Il la conditionne à un cadre global articulé autour de trois piliers :
- Un programme avec le FMI, pour restaurer la crédibilité financière et sécuriser l’accès aux financements.
- Une coordination avec la BCEAO, afin de préserver la stabilité du système bancaire et du marché régional (UEMOA), fortement exposés aux titres publics. Un redressement budgétaire rigoureux, axé sur la réduction du train de vie de l’État, la maîtrise des dépenses courantes, tout en protégeant l’investissement productif.
Pourquoi ce débat revient maintenant
Le sujet est ravivé par un contexte tendu : le FMI a évoqué une dette pouvant atteindre 132% du PIB fin 2024 après la réévaluation de passifs, et le programme de financement de 1,8 milliard de dollars a été gelé, poussant Dakar à recourir davantage au marché régional.
Une ligne claire : “restructurer, mais sans casser la confiance”
La thèse de Pr Ndiaye peut se résumer ainsi : oui à une restructuration si elle réduit réellement le coût et la pression de la dette, mais non à une démarche improvisée. D’où l’importance, selon lui, d’un paquet FMI–BCEAO–discipline budgétaire, pour éviter que l’outil censé soulager l’État ne déclenche des effets secondaires (tensions bancaires, défiance des investisseurs, instabilité régionale).